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Cyfruileg : sauver de la destruction les fruits et légumes invendus

par | 27 août 2019


Que faire de toutes ces tonnes de fruits et légumes invendus dans les grandes surfaces, destinés à être détruits ? A Surgères, Stéphane Augé a fondé en 2018 l’entreprise Cyfruileg. Il collecte les produits frais et encore consommables dans 12 supermarchés à proximité pour les transformer en jus de fruits, soupes et confitures. Une seconde vie pour ces fruits et légumes certes peu sexy à première vue, mais qui n’ont rien perdu de leur beauté intérieure, de leurs qualités gustatives et nutritionnelles !


Une réponse à la problématique de gestion des invendus

Barbara a été embauchée par Cyfruileg pour le développement de l’activité de l’entreprise

Regardez cette poire, elle est tachée. Elle est tout à fait consommable mais les clients l’ont délaissée pour se tourner vers des produits plus jolis”, constate Stéphane Augé. Tous les mois, le fondateur de Cyfruileg récupère entre 1800 et 2800 kilos de fruits et légumes invendus auprès de 12 grandes surfaces partenaires dans un rayon de 35 km à la ronde, à Rochefort, Aigrefeuille d’Aunis, la Jarrie, Soubise, Saint Jean d’Angély, Tonnay-Charente, La Rochelle, Mauzé-sur-le-Mignon, et bien sûr Surgères où l’entreprise est installée. Ces produits sont ensuite cuisinés et transformés en confitures, soupes et jus de fruits. “Cyfruileg apporte une réponse à la problématique de gestion des invendus, et les supermarchés me téléphonent avant même que j’aie eu le temps de les démarcher !” Avant de créer Cyfruileg, Stéphane Augé était commercial pour un grand groupe pétrolier et travaillait essentiellement avec la grande distribution. “Tous les jours je rencontrais des chefs de rayons et cette question de la gestion des invendus revenait souvent . Une loi de 2016 contre le gaspillage alimentaire impose leur revalorisation. On peut les donner à des associations caritatives, mais elles n’ont souvent pas les moyens humains de retraiter les produits. La méthanisation est une possibilité, mais cela a un coût, et d’un point de vue éthique ça n’est pas satisfaisant de détruire un fruit ou un légume encore consommable.

Reconversion professionnelle et choix éthique

Sensibilisé à cette question du gaspillage alimentaire, Stéphane Augé se dit qu’ “il y a quelque chose à faire”. En 2016, le groupe pétrolier pour lequel il travaille rachète une entreprise concurrente et met en place un plan de sauvegarde de l’emploi. Le poste de Stéphane n’est pas menacé mais ce dernier se dit que c’est l’occasion de sauter le pas pour créer une activité qui a du sens pour lui. Il se porte candidat au départ volontaire, bénéficie en 2017 d’un an de congé de formation et d’un plan d’accompagnement à la création d’entreprise. Cyfruileg voit ainsi le jour en janvier 2018 et commence concrètement son activité en juin de la même année. Les premiers mois Stéphane Augé travaille seul, avec une unique grande surface, puis il décide d’élargir le réseau de supermarchés partenaires et d’embaucher une Surgérienne, Barbara, afin de développer l’entreprise. Sur la première année, celle-ci a produit plus de 7000 pots de confiture, 1200 soupes et 2500 litres de jus de fruits. La création d’une activité économique à partir de potentiels déchets utilisés comme matière première a valu à Cyfruileg le soutien de CyclaB, Laboratoire d’Innovation en Économie Circulaire.

VIVANT LA RADIO / “On adapte nos recettes suivant les arrivages”

Les produits encore consommables sont stockés en chambre froide pour stopper leur maturation

Chaque matin, Stéphane Auger part faire sa tournée en camion afin de récupérer les invendus dans les grandes surfaces, qui lui “vendent à prix modique. Pour mes partenaires la démarche est plus citoyenne qu’économique”. De retour dans ses locaux, il fait le tri des produits et place ceux qui sont encore largement consommables en chambre froide pour stopper la maturation. Etape suivante, le laboratoire de transformation équipé de sa plonge légumière, d’un presse-agrumes professionnel, de marmites, de machines pour la mise en pot et le capsulage, et d’un autoclave pour la pasteurisation. Confitures pomme-grenade ou pêche-abricot-nectarine, veloutés salade-pommes de terre, jus de fraise-multifruits… les recettes vont varier en fonction des fruits et légumes collectés. “On fait avec ce qu’on a !” Une démarche inverse à celle l’industrie classique. C’est ce qu’explique Stéphane Auger pour Vivant la radio :

Une commercialisation privilégiant le circuit court

En une année d’activité, Cyfuileg a produit plus de 7000 pots de confiture, 1200 soupes et 2500 litres de jus de fruits

Comme un retour à l’envoyeur, une partie de la production est vendue dans les grandes surfaces partenaires qui assurent une bonne visibilité aux produits, ce qui pour Stéphane Augé “n’a pas de prix. Pour un bon référencement en supermarché il faudrait débourser plusieurs milliers d’euros !” Parallèlement, Cyfruileg vend ses produits en circuit court, notamment par le biais du réseau La Ruche qui dit Oui à Niort, Saintes et Mauzé-sur-le-Mignon. Le chef d’entreprise est aussi régulièrement présent sur les marchés, dont celui de Surgères, “pour avoir un dialogue avec les consommateurs. J’observe clairement une évolution des consciences, un retour aux valeurs, au bon sens et aux bonnes pratiques.” La démarche responsable de l’entreprise séduit au-delà des simples clients : en 2018 Cyfruileg a remporté le Trophée REGAL (Réseau pour Eviter le Gaspillage ALimentaire) de la région Nouvelle-Aquitaine, et en 2019 le prix Émergence de la jeune entreprise, décerné par la Chambre de Commerce et d’Industrie de La Rochelle.


Rédaction : Hélène Bannier
Photo : Annabelle Avril

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