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Tamata Océan, les solutions à bord

par | 11 juillet 2019


Ce qui est valable en mer l’est aussi sur terre. C’est en partant de ce principe que Romain Tourte a créé Tamata Océan en 2017. Cette association expérimente l’autonomie en mer et le partage de données environnementales en open source. On monte à bord du voilier l’Oanig, amarré au port des Minimes à La Rochelle.


“Si ça marche sur un voilier, ça marchera partout”

En mer, comment produire soi-même de la nourriture, de l’eau, de l’énergie pour plus d’autonomie? C’est ce qu’expérimente l’association Tamata Océan

Un bateau porteur de solutions, voilà ce qu’est devenu l’Oanig. Ce voilier, un Arpège de 9,25 m de longueur sur 3 m de largeur, est l’habitat de Romain Tourte. C’est aussi le foyer de l’association Tamata Océan. Vu du ponton, rien ne laisse imaginer que ce bateau n’est pas tout à fait comme les autres. A l’intérieur, l’impression est tout autre. On se croirait dans un micro écohabitat où les bocaux ont largement remplacé le plastique, où poussent des poivrons, des fraises, de la coriandre, de la menthe grasse… À bord, la kombucha et le kéfir, boissons lactofermentées riches en probiotiques, sont fabriqués “en mode low tech”. Au fond, un lombricomposteur permet d’éliminer les déchets organiques générés sur le bateau tout en nourrissant les plantes du micro-potager. “On expérimente autour du vivant, pour voir comment gagner en autonomie, répondre aux besoins essentiels en mer. Et si ça marche sur un bateau, ça marchera partout”, explique Romain Tourte qui a aussi installé sur l’Oanig un kit pour faire pousser de la spiruline, cette micro-algue apparue sur terre il y a trois milliards d’années et aux qualités nutritionnelles exceptionnelles. A l’origine, Romain Tourte n’a pas de lien particulier avec l’univers maritime. La création de Tamata Océan et l’envie d’expérimenter des solutions open source pour l’autonomie en mer sont le fruit d’une longue série de voyages et de quête de liberté. En 2012, l’ingénieur en informatique rend les clés de son appartement parisien, prend son sac à dos et part pour un long périple vers la Nouvelle-Zélande et l’Australie. “Pendant ce voyage j’ai découvert des choses qui étaient nouvelles pour moi, comme la permaculture ou la notion de gouvernance partagée.” En 2014, il fait la rencontre décisive d’un marin qui l’embarque sur son bateau pour les Açores. Cette expérience confirme à Romain ses affinités avec la mer, qu’il ne quitte plus depuis.

Autonomie et low-tech

La collecte et le partage de données environnementales font partie des objectifs de Tamata Océan

Je cherchais un terrain où entreprendre sur des sujets porteurs de sens. Finalement ce lieu d’expérimentation je l’ai trouvé dans l’Oanig. Le sac à dos s’est transformé en carrosse !” Et le carrosse en laboratoire où “tester des solutions pour produire soi-même de la nourriture, de l’eau, de l’énergie, de la santé”, puis transmettre ces savoirs afin de sensibiliser le plus grand nombre. “Le fait que ça se passe sur un bateau, cela rend les gens plus curieux et plus poreux,” confie Romain Tourte. Sa démarche se situe dans la lignée du Nomade des mers, un catamaran ambassadeur des low-technologies parti faire le tour du monde en 2016, pour éprouver au quotidien l’utilisation des low-technologies à bord et repérer au fil du voyage de nouvelles innovations.
L’autonomie en eau ? “C’est encore compliqué car il faut trouver les solutions à bord pour la désalinisation et la conservation longue durée.” L’autosuffisance énergétique est un autre challenge. S’il est possible de capter l’énergie solaire avec des panneaux photovoltaïques, on peut aussi utiliser la vitesse du bateau pour produire de l’électricité, grâce à un hydrogénérateur dont le fonctionnement est proche de celui d’une éolienne. Le vent aussi offre une ressource intéressante. Cet été des membres de Tamata Océan vont voguer jusqu’à Concarneau pour rejoindre le Low-tech Lab et apprendre à fabriquer une éolienne avec un moteur de machine à laver. Pour s’affranchir par ailleurs des instruments électroniques d’aide à la navigation, Romain Tourte remet au goût du jour l’astronavigation, ou comment s’orienter en mer sans GPS. En mai 2018, l’Oanig a relevé le défi de rejoindre Gijon en Espagne uniquement à l’aide des étoiles et d’un sextant. Une traversée du Golfe de Gascogne “Zéro déchet, Zéro GPS”.

Tamata Océan ne se désintéresse pas de l’électronique pour autant, bien au contraire. Le recueil de données à partir de capteurs fait partie intégrante du projet de l’association. Son objectif est de développer la collecte de données environnementales au fil des sorties en mer, afin de les mettre à disposition de la communauté scientifique. Pour ce faire, Romain s’appuie sur son savoir d’ingénieur informaticien, et sur celui d’un membre de l’association, Simon, qu’il qualifie de “Mozart de l’électronique”.

VIVANT LA RADIO / Tamata Océan, données environnementales et open data

Eco-responsable jusqu’à la coque

La coque du bateau a été recouverte d’un revêtement 100% biocide free

Ce bateau, l’Oanig, a la particularité d’être lui-même un déchet récupéré, raconte Romain Tourte. Les propriétaires, en Normandie, allaient le passer à la tronçonneuse. Ils me l’ont cédé pour un euro symbolique.” Il a mis un an à restaurer le voilier. Dans l’idée de mettre à l’eau le bateau le plus éco-responsable qui soit, le fondateur de Tamata océan a porté une attention particulière au choix du revêtement de la coque. Habituellement sont utilisées des peintures à base de biocide – littéralement : “qui tue la vie” – pour éviter que le fouling (algues et coquillages) ne se développe sur les œuvres vives, autrement dit la partie immergée du bateau. Ces peintures antifouling sont extrêmement néfastes pour les personnes qui les appliquent et pour la vie aquatique. Romain a choisi de ne pas y avoir recours et de faire poser à la place un film adhésif sans biocide, développé par la société Uniflow. Le 20 juillet, Tamata Océan organise une opération “carénage propre” pour sensibiliser les plaisanciers aux alternatives à l’antifouling polluant. Un événement en partenariat avec le Port de plaisance de La Rochelle.


Rédaction : Hélène Bannier
Photo : Annabelle Avril

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