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Milieu rural : une école démocratique ouvre à Moussac-sur-Vienne

par | 3 septembre 2019


A la fois cause et conséquence de la désertification des campagnes, 400 écoles en milieu rural ont fermé en cette rentrée scolaire 2019. A contre-courant de cette tendance, Moussac-sur-Vienne, 442 habitants, voit une école ouvrir dans le village, à l’initiative de l’association Cheminement. Établissement privé sous contrat, il s’agit d’une “école démocratique” qui a pour nom De chenille à papillon. Interview de Virginie Leroy, co-fondatrice.


Qu’est-ce qu’une école démocratique ?

Les écoles démocratiques s’inspirent du mouvement de la Sudbury Valley School, né aux Etats-Unis il y a 50 ans. Les enfants sont libres de leurs apprentissages, il n’y a pas de programme ni de journée type. On part de leur motivation et de leurs envies pour leur permettre de développer leur potentiel. L’adulte a plus un rôle d’accompagnant, de facilitateur. Pour vous donner un exemple, un enfant de 8 ans nous a demandé lors de son entretien s’il pouvait apprendre à construire une maison. C’est un gros projet ! Mais au travers de celui-ci il va pouvoir faire des mathématiques, découvrir la fabrication du mortier etc. Ensuite, si un enfant veut étudier quelque chose en particulier, le portugais par exemple, il le soumet à l’école et si d’autres jeunes ou adultes sont intéressés, on va organiser un “vrai” cours. Par ailleurs, la volonté des écoles démocratiques est de former des citoyens. Toutes les décisions sont prises par le collectif. Le règlement intérieur est rédigé par les adultes et les enfants. S’il n’est pas suivi, on réunit un conseil des sages où tout le monde a une voix pour décider de la sanction à donner, ou pas. Chacun est partie prenante de l’école. La parole de l’enfant a autant d’importance que celle de l’adulte. Les écoles démocratiques accueillent des enfants de 3 à 18 ans mais dans notre association nous nous préférons dire “de 3 à 103 ans”, car toute la vie nous sommes des apprenants. Pour le moment nous avons cinq inscrits, ils ont entre sept et douze ans et demi. D’autres familles nous ont contactés pour avoir des informations, il est probable que nous intégrions d’autres enfants en cours d’année.

Si l’enfant est libre de ses apprentissages, ne risque-t-il pas de passer à côté de fondamentaux, comme l’acquisition de la lecture et de l’écriture ?

En France la première école démocratique a ouvert en 2014, donc on n’a pas encore assez de recul. Mais aux Etats-Unis où elles ont 50 ans d’existence, des études ont été menées : tous les enfants savent lire, écrire, compter. 80 % d’entre eux s’engagent dans des études supérieures, et si ça n’est pas le cas des 20% restants c’est parce que la poursuite d’études n’est pas nécessaire pour le métier qu’ils ont choisi. La différence avec l’école publique, c’est qu’on n’impose pas d’âge pour l’acquisition des fondamentaux. Nous privilégions le rythme de chacun. Certains sauront lire dès 4 ans, pour d’autres ce ne sera peut-être qu’à 11 ans mais peu importe, l’essentiel est que l’enfant ou l’adolescent soit prêt à entrer dans les apprentissages.

Pourquoi avez-vous choisi de vous engager dans cette voie pédagogique ?

Au départ, en 2016, l’association Cheminement a été créée à Persac par quelques parents dont les enfants n’arrivaient pas à s’adapter au système scolaire, ne se sentaient pas bien à l’école. Ce projet est vraiment parti de parents qui n’avaient plus de solutions pour instruire leurs enfants. Mais l’école démocratique n’est pas obligatoirement destinée à des jeunes en rupture scolaire. Cela peut être une école de la transition, à certains moments de la scolarité où l’on a besoin de reprendre confiance en soi, trouver une autre pédagogie pour apprendre, peut être passer son bac plus sereinement. Nous n’entrons pas en concurrence avec l’école publique, ça n’est absolument pas notre but. Nous souhaitons au contraire être complémentaires.

Qui sont les adultes encadrants ?

Nous avons un directeur qui a cinq ans d’expérience dans l’Education Nationale et nous sommes un groupe d’encadrants venus de différents horizons : des animatrices, une maman qui a fait beaucoup d’instruction en famille, une sage-femme, une auxiliaire puéricultrice et une ancienne professeure de français qui fait maintenant de la permaculture. A nous toutes nous avons un panel de compétences qui nous permettra d’accompagner les enfants au mieux. Et si jamais il nous manque un savoir ou un savoir-faire, nous ferons appel au réseau de l’association, ou à des professionnels si besoin. L’enfant sera intégré dans le processus pour trouver quelqu’un maîtrisant les compétences qu’il souhaite acquérir. Nous sommes toutes bénévoles. A terme, notre souhait serait de salarier une personne, mais dans un premier temps ça n’est pas possible financièrement. Nous avons opté pour des frais de scolarité assez bas, selon le quotient familial des familles. On est en milieu rural et on ne veut pas faire une école élitiste.

Il s’agit d’une école privée hors contrat. Quel est le lien avec le rectorat de l’Académie de Poitiers?

Nous avons envoyé notre dossier avec le projet pédagogique, les horaires de l’école, l’âge des enfants, le local, le budget etc… Le rectorat avait trois mois pour dire non à l’ouverture de notre école, mais il n’a pas exprimé d’opposition. Il y aura des inspections académiques comme dans toutes les écoles, et nous suivons le socle commun de connaissances, de compétences et de culture.

Comment réagit la commune de Moussac-sur-Vienne à l’ouverture de cette école ?

L’ancienne école de Moussac-sur-Vienne, qui a fermé il y a une dizaine d’années, avait déjà mis en place une pédagogie différente. C’était l’”Ecole du troisième type” de Bernard Collot. Donc madame le maire était sensibilisée à ces questions. Jusqu’à l’an dernier, le bâtiment était utilisé par le centre de loisirs. Quand celui-ci a fermé, on s’est dit qu’il y avait une opportunité. Nous avons rencontré le conseil municipal et nous lui avons expliqué notre projet. Ça s’est très bien passé et ils ont accepté de nous louer l’école. C’est l’occasion de redynamiser le village parce qu’une école, mine de rien, ça ramène de la vie !


Propos recueillis par Hélène Bannier
Photo : Vivant / Cheminement

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