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Un potager sur ma place de parking

par | 5 décembre 2019


À Poitiers, en pleine zone industrielle, une entrepreneuse a eu l’idée de créer un potager partagé inter-entreprises. Sur un rectangle de pelouse, les plantes, légumes et insectes ont pris la place des voitures. Cette initiative, lancée à l’automne 2018, est à l’origine de la création d’Api’Zone. Cette toute jeune entreprise propose de former des salariés à la création de jardins potagers sur leur lieu de travail. L’entreprise Aigle, à Ingrandes, est la première à solliciter ses services.


Du “désert entretenu”…

Delphine Tretsch Pasquinet était co-workeuse au Vaisseau, espace de travail partagé situé dans la zone industrielle « République 3 » à l’ouest de Poitiers. Une zone comme il en existe de nombreuses dans la périphérie des villes : des alignements de bâtiments, des entrepôts de stockage, des allées de bitume entrecoupées de petites zones enherbées où les voitures s’installent quand les parkings sont pleins. Passionnée de jardinage, Delphine habite à la campagne et a suivi au printemps 2019 une formation certifiante en permaculture. Dans son village de Chéneché dans la Vienne, elle fait visiter son remarquable jardin à l’envi.

Vue aérienne du Jardin du Moulin chez Delphine Tretsh Pasquinet, à Chéneché

Mais quand elle vient travailler à Poitiers, la consultante en informatique ne peut que constater le « désert entretenu » qui se trouve en face de son bureau. L’idée germe alors de le transformer en lieu de biodiversité. « J’ai obtenu l’accord du propriétaire du terrain, puis j’ai fait du porte-à-porte pour présenter mon idée aux entreprises voisines. Des étudiants d’une école de design de la zone industrielle ont travaillé sur un logo et, en quelques semaines,​ le “jardin test” d’Api’Zone a vu le jour !» s’enthousiasme Delphine.

… au jardin inter-entreprises

Une petite dizaine de salariés volontaires ont manifesté leur intérêt pour le projet, se sont emparés des outils de jardinage et des conseils de la permacultrice pour faire sortir de terre différents espaces : des buttes de culture, une haie, une friche de fleurs sauvages et un compost. Delphine fournit les plants de fleurs et de légumes. Les salariés sont invités à venir sur leur temps de pause ou de déjeuner pour planter, entretenir le jardin ou tout simplement s’asseoir sur l’herbe pour manger leur sandwich en contemplant les abeilles charpentières. Evelyne, qui travaille dans l’école supérieure voisine, a été le premier soutien de Delphine. « J’ai grandi à la campagne et maintenant je vis en appartement. Le jardin me manque terriblement. Alors s’occuper de notre jardin collectif est devenu vital pour moi. Je viens là tous les jours. Cela me ressource. »

Le jardin partagé en cours de création, zone industrielle de la République à Poitiers

Api’Zone et la formation des salariés

Ce jardin inter-entreprises inspire Delphine Tretsh Pasquinet au point qu’elle décide d’abandonner son travail dans l’informatique pour se consacrer au développement d’Api’Zone. Elle propose de former les salariés à la création sur leur lieu de travail de leur propre jardin partagé, botanique ou potager. Les potagers d’entreprises sont très développés aux États-Unis, mais aussi dans les capitales où les toits des bâtiment voient fleurir jardins et ruchers. En plus d’offrir des oasis de biodiversité, ces pratiques favorisent le vivre-ensemble et la cohésion d’équipe. « Je me suis inspirée de Cultures d’Entreprise, à Nantes, qui travaille beaucoup dans la création de jardin pour les entreprises, raconte Delphine. Mais mon âme de formatrice m’a plutôt poussée à imaginer Api’zone comme un lieu d’apprentissage. Les salariés créent eux-mêmes leur jardin, je ne fais pas à leur place. » L’entreprise Aigle, à Ingrandes, dans la Vienne, est la première à faire appel à ses services depuis fin novembre. « J’accompagne les salariés pendant un an, à raison de deux demi-journées de formation initiale puis une journée par mois. Nous montons le projet en fonction de leurs envies. Api’Zone fournit tout le matériel dont ils ont besoin pour apprendre à jardiner sur un sol vivant. » Plus de hiérarchie entre les salariés le temps de la formation : tout le monde est en bottes, évidemment.


Rédaction et photo : Claire Marquis

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