Le dimanche 14 juin, dans la petite commune de Berrie dans le nord de la Vienne, se tient la deuxième édition du Cool Festival. Une journée autour du vin et des arts, portée par l’association de la Rue des Belles Caves. Ce collectif atypique est le fruit de la rencontre entre un hameau aux caves troglodytes abandonnées, et une bande de jeunes gens motivés pour réinventer la solidarité en milieu rural.
Au milieu de la plaine céréalière, à la frontière entre les Deux-Sèvres et la Vienne, se trouve la commune de Berrie et ses 251 habitant·es. Dans la rue des Belles Caves, les maisons en pierre blanche plus ou moins rénovées côtoient les vignes. À peine arrivée, Lucile nous propose de nous mettre au frais dans une cave troglodytique aux volumes impressionnants. « Cette cave a au moins 850 ans. C’est là que François stocke tout son vin naturel » explique-t-elle. C’est là aussi que l’on trouve Justine en plein entraînement de pole dance. Arborant un crop top orange à l’effigie du Cool Festival, elle quitte sa tâche pour nous proposer un rafraîchissement. Un accueil chaleureux, un cadre atypique, des créations artistiques, du vin nature : tous les ingrédients du Cool Festival qui se déroulera le dimanche 14 juin sont déjà réunis.
Cool Festival, vin nature et spectacle vivant
L’association de la rue des Belles Caves, qui porte l’événement, est gérée par une douzaine de membres actifs. La plupart habitent la rue du même nom. Pour ce festival, six caves troglodytiques et jardins seront ouverts à la déambulation. À chaque halte, les visiteur·euses trouveront des vignerons locaux, des spectacles vivants et de quoi se restaurer. Le tout à prix libre. Il y aura aussi des stands militants mais ce n’est pas ce que les membres du collectif souhaitent mettre en avant. « Réunir beaucoup de copains militants, ça c’est facile. Ce qu’on aimerait c’est toucher les gens d’à côté, les familles » explique François, semer des graines, créer du lien, susciter les conversations, » ajoute Marie. « Le canon français organise des banquets pour véhiculer leurs idées d’extrême droite. Nous on organise un événement ouvert, avec de la nourriture, des spectacles et de quoi s’informer », s’amuse le viticulteur.

Faire revivre un hameau
Au-delà du festival, l’association des Belles Caves a permis au village de reprendre vie. L’histoire remonte à dix ans quand, après sept années passées à voyager en camion, François Saint-Lô décide de se poser pour devenir viticulteur.
Je cherchais une cave pour vinifier. J’ai fait beaucoup de visites en Maine-et-Loire mais tout était trop cher. Ici les tarifs étaient accessibles mais… tout était abandonné.
François, membre du collectif
De nombreuses habitations étaient vides et les caves troglodytiques reléguées au rang de fosses comblées de déchets divers et variés. Qu’à cela ne tienne. François est vite rejoint par des ami·es en habitats mobiles. Ensemble ils et elles défrichent, nettoient et aménagent des espaces pour vivre et travailler. « Au départ, ton vin était mieux loti que toi » se souvient Justine. Petit à petit, d’autres espaces ont été achetés. Grâce aux tailleurs de pierre, charpentiers, forgerons et autres bonnes volontés présentes dans l’aventure, c’est tout un hameau qui a pu reprendre vie. En dix ans, le collectif à vu bon nombre de personnes passer.
Ça a été un tremplin pour pas mal de gens. Certains sont venus se mettre au vert, en pause ou bien démarrer un nouveau projet. Ici on peut explorer, expérimenter, se former aux vins naturels.
Marie, membre du collectif
Si la plupart des membres permanents ont réhabilité leur propre habitation tout au long de la rue des Belles Caves, le n° 13, première acquisition, reste le point de repère. On y trouve une cuisine collective, une salle de réunion, un jardin, des poules, des moutons, un dortoir et un coin épicerie. Ensemble le collectif s’occupe des animaux, organise le festival et accueille les gens de passage. « En ce moment, il y a un jeune qui veut aménager son camion. il va venir le faire ici, rester quelque temps, » explique Marie.

S’implanter pour recréer la solidarité en espace rural
Il a fallu 10 ans à François pour trouver 3,5 ha de terre et y planter des vignes. « J’ai aujourd’hui ce qu’il me faut. Et, chose rare, on vient de me proposer 3 ha supplémentaires, s’étonne t il. Je les ai achetés pour permettre à d’autres de s’installer. Lucile y réfléchit. » Si la plupart des membres du collectif gravitent autour des productions agricoles, l’ancienne citadine Éléonore exerce sans problème son métier de graphiste au vert. « Je suis contente de vivre dans un hameau. Et un hameau avec des copains c’est encore mieux. »
Pour ne pas cultiver l’entre-soi, et au-delà du temps du festival, le noyau dur cherche à étendre son esprit de partage à l’ensemble du village. Cette année, Marie a rejoint l’équipe du conseil municipal, pour tisser de nouveaux liens. Et « avec les gens de la rue des Belles Caves, on est solidaires. Il y a des personnes qui souffrent de la désertification alors passer déposer des œufs, prendre un café c’est important, » explique Justine. « On prend même parfois le relais des institutions précise François. Lorsque le conjoint d’une personne âgée tombe malade, il faut des mois pour que les services d’aide à domicile se mettent en place. Nous on est là. »
Rédaction : Marie Gazeau
Photos : Clément Braud

