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La Bulle, une monnaie locale en pleine expansion

par | 20 juillet 2022

La Bulle monnaie locale

Les monnaies locales complémentaires (MLC) connaissent un véritable essor depuis leur autorisation en France, en 2014. Leur principe : faire circuler, en complément de l’euro, une monnaie en circuit court pour dynamiser l’économie d’un territoire, recréer du lien social et soutenir les commerces de proximité. La monnaie charentaise de la Bulle fait partie des sept MLC à avoir été sélectionnées au niveau national pour intégrer un programme d’accompagnement au changement d’échelle. Explications de Valérie Girard, coordinatrice de l’association Poivre MLC qui gère La Bulle, à Angoulême.


La Bulle monnaie locale Valérie Girard, coordinatrice

La Bulle est une monnaie locale complémentaire, qu’est-ce que ça signifie ?

Une monnaie locale est un outil permettant de promouvoir l’économie, le commerce, l’emploi et les produits locaux. Autour de cette monnaie locale gravite un réseau de professionnels qui s’engagent à permettre son utilisation. La Bulle est, quant à elle, une MLC circulant à l’échelle de la Charente : 332 points de vente autorisent actuellement les paiements en Bulles. Celle-ci est indexée sur le cours de l’euro : autrement dit, une Bulle est égale à un euro.
Autorisées sur le marché français depuis la loi Hamon sur l’économie sociale et solidaire de 2014, les monnaies locales permettent d’encourager les échanges de proximité en étant utilisables à une échelle restreinte. C’est l’une des raisons pour lesquelles elles sont considérées comme une solution au désordre économique et social : elles permettent de s’appuyer sur un maillage local, ce qui en fait des outils résilients pour résister aux crises économiques.
À l’échelle d’Angoulême, les commerçants des Halles peuvent par exemple payer leurs loyers en Bulles, de même que les restaurateurs de la commune peuvent s’acquitter de leurs droits de terrasse via cette MLC.

Comment fait-on pour se procurer des Bulles ?

La Bulle existe en deux versions : une physique – en billets papiers – et une numérique, avec un paiement passant via une application classique. Pour pouvoir payer en Bulles depuis son téléphone, il suffit de télécharger l’application puis d’y rentrer le RIB de l’association. Les euros perçus sont réceptionnés par Poivre MLC, l’association gestionnaire de la monnaie, qui créditera votre compte du montant équivalent en Bulles.
Pour convertir ses euros en Bulles papier, il suffit de se rendre dans l’un des 16 comptoirs d’échanges du département. Une fois convertie, la somme en euros est déposée sur le fonds de garantie d’une banque éthique et solidaire, la NEF (Nouvelle économie fraternelle). La Bulle n’étant pas spéculative, cette masse monétaire permet à la banque de l’investir dans des projets locaux à vocation solidaire. Nous avons justement appelé cette monnaie « La Bulle » pour nous rappeler que nous devons promouvoir l’économie réelle et non la bulle spéculative ; tout en faisant un clin d’œil à l’univers de la BD.

Qu’est-ce qui vous a incité à créer la Bulle ?

La Bulle a été imaginée et est gérée par l’association Poivre MLC, qui s’est constituée en 2015. Il a ensuite fallu attendre 2019 pour que la monnaie soit mise en circulation. Tout est parti de l’équipe de bénévoles qui s’occupait de développer le projet. Ils étaient impliqués dans le SEL – le Système d’échange local – qui favorise des échanges non marchands de services, de savoirs, d’objets… Pour compléter l’action du SEL, ils ont donc souhaité créer leur propre monnaie locale dans le bassin de vie d’Angoulême, créant pour ce faire l’association Poivre MLC avec un certain trait d’humour pour le nom !

Trois ans après le lancement de La Bulle, quel bilan en tirez-vous ?

Le bilan est extrêmement positif : aujourd’hui, la Bulle compte près de 4 500 adhérents et 290 000 Bulles sont en circulation, tous supports confondus. La MLC a connu une véritable expansion grâce à une opération menée en 2021, pour laquelle la collectivité avait pour projet de mettre en lumière les commerces et les produits locaux. L’année précédente, elle avait proposé des bons d’achat pour favoriser le recours au commerce local, mais s’était rendue compte qu’il y avait des limites à cette solution, qu’il fallait quelque chose de plus avant-gardiste. Alors comme la Bulle existait déjà, un partenariat s’est noué. Le principe, c’était que la collectivité offrait pour 50 euros de Bulles à 5 000 de ses agents territoriaux (employés d’hôpitaux, de mairies, de SGA…) pour les encourager à utiliser cette MLC. Cela a permis de convertir 200 000 euros en Bulles.

Depuis la crise de la covid, il y a une véritable prise de conscience de l’importance de consommer local, de reprendre la main sur sa consommation. La crise sanitaire et économique a fait que nous avons réalisé à quel point nous étions dépendants de l’importation des produits à l’international. Pourtant, ce n’est pas en détruisant l’agriculture et en délocalisant l’industrie que l’on va parvenir à un modèle plus raisonnable !

Nous ne sommes pas extrêmes pour autant : nous ne nous positionnons pas fondamentalement contre l’achat par internet, si le produit n’est pas disponible à proximité. Nous sommes conscients du fait que nous ne pourrons jamais tout trouver en France, mais il nous semble que nous pouvons au moins maîtriser le coût des choses, savoir à quoi sert notre argent, comment il est investi. Il y a donc tout un équilibre à trouver pour rester extérieur à l’économie spéculative, un équilibre que nous permet de trouver les MLC. Celles-ci sont également un outil fort en matière de transition écologique : elles encouragent à consommer de façon plus locale, intelligente, en incitant à chercher les produits dont nous avons besoin près de chez nous. Cela permet d’économiser le bilan carbone d’une importation plus lointaine.

La Bulle a été sélectionnée pour rejoindre #PACE7, un programme d’accompagnement au changement d’échelle. En quoi est-ce que cela consiste ?

Ce programme est impulsé par le Mouvement Sol (Fédération des monnaies locales), l’Institut des monnaies locales (organisme de formation professionnelle) et Lokavaluto (le pôle de mutualisation de compétences informatiques). Le mouvement Sol nous a d’abord contactés pour nous proposer de participer à #Pace7, un dispositif qui allait nous permettre d’être épaulés pour nos démarches administratives, nos demandes de subventions, mais aussi sur la formation de nos employés.

Notre dossier a été accepté au même titre que six autres monnaies locales : Le Florain (Nancy), Moneko (Pays de la Loire), La Gemme (Gironde), La Roue (PACA), La Gonette (Rhône) et La Pive (Franche-Comté). Le but de ce programme, c’est de passer à l’échelle supérieure en termes de masse monétaire, de nombre d’adhérents et de professionnels membre du réseau. Cet accompagnement a commencé par un pré-diagnostic suivi d’un audit et d’un plan stratégie pour identifier les points forts, les blocages, les besoins et les axes de développement de notre MLC.

Pour cela, il est prévu que nous continuions de renforcer nos liens avec les acteurs du territoire (collectivités, élus, commerces du secteur de l’ESS, etc.). Nous allons poursuivre notre démarche de rencontre des associations de commerçants et de réflexion autour d’actions communes avec les chambres consulaires, à un système de bons cadeaux…

Le but est aussi que nous partagions nos expertises entre MLC : les résultats de ce programme, les savoirs qui en auront émergé seront mis en forme afin de bénéficier à toutes les monnaies locales de France.


Propos recueillis par : Hildegard Leloué
Photos : Hildegard Leloué

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