Sur la plage des Allassins à Grand-Village, dans l’île d’Oléron, le niveau d’érosion du trait de côte auguré pour 2030 est déjà atteint. La communauté de communes de l’île d’Oléron et le syndicat Eau17 ont dû financer en urgence des travaux pour protéger le cordon dunaire. Car juste derrière cette plage se trouvent les bassins d’infiltration d’eaux traitées d’une station d’épuration, elle-même située 600 mètres plus loin. Pour protéger ces bassins de lagunage et prévenir les risques de pollution et de dysfonctionnement, un rempart innovant est actuellement installé. Sur 600 mètres, 900 “filets de gabions” de quatre tonnes chacun sont superposés sur le sable. Les travaux ont débuté le 12 janvier. Explications avec Rebecca Van Coppenolle, chef de projet pour le bureau d’études EGIS à La Rochelle, maîtrise d’œuvre pour ce chantier inédit .

Est-ce que l’utilisation de ces filets de gabions est originale ?
Oui, c’est très peu mis en œuvre au niveau côtier. Ces gabions souples sont des filets remplis de cailloux, de calcaire. C’est une solution habituellement utilisée pour la protection des berges fluviales ou en haute mer pour protéger les pieds d’éoliennes ou les canalisations. En France, je ne dirais pas que nous sommes les premiers mais il n’y a vraiment pas beaucoup de chantiers de ce genre. Il y en a un peu plus en Angleterre.
Pourquoi est-ce peu utilisé en milieu côtier ?
Parce qu’il y a énormément de contraintes. Quand les sacs sont en mer ou en rivière, ils ne sont pas soumis aux UV (ultraviolet, NDLR), ce qui n’est pas le cas en côtier. Ils sont aussi soumis à l’action des vagues, aux déferlantes. Le milieu est extrêmement dynamique. À la jonction entre le terrestre et le côtier il faut des solutions solides, qui peuvent durer dans le temps. Donc nous avons tendance à utiliser ce qui fonctionne, ce que l’on connaît, parce que généralement nous protégeons des enjeux humains donc il faut que nous soyons certains de notre coup.
Pour protéger ces bassins d’infiltration, cela s’y prête bien ?
Oui, parce que c’est une solution temporaire (d’ici à cinq ans, les eaux traitées doivent être connectées à l’exutoire en mer de la station d’épuration de La Cotinière, NDLR). Ces gabions peuvent être démontés et auront le minimum d’impact sur la plage. On vient juste remodeler la dune et poser les gabions. Une fois enlevés, la sable et la dune reprendront leur vie, il n’y aura plus d’impact de la protection. Les situations d’érosion intense comme ici sont souvent réglées par des rechargements de plage en amenant du sable. Sauf qu’au vu des taux d’érosion observés ici ces dernières années, ce n’est pas suffisant et extrêmement onéreux. Dans cette situation particulière, nous nous sommes dit que nous partirions sur quelque chose d’un peu plus « dur ».
Sans pour autant aller vers un enrochement classique ?
Non, car il y avait l’idée d’être le moins impactant possible sur le linéaire, de pouvoir le démonter. Un enrochement classique est beaucoup plus compliqué à démonter que ce genre de structure. Au niveau de la mise en œuvre il y a également beaucoup plus d’étapes tandis que ces filets sont relativement simples à poser.
En quoi sont-ils efficaces contre l’érosion ?
Chaque sac pèse quatre tonnes. Le mouvement de l’eau, la vague, ne peuvent pas venir les déplacer. A moins d’être sur une tempête énorme. Et ce système va épouser la forme du terrain. L’idée n’est pas de venir stopper l’évolution naturelle de la plage. Elle change, elle est plus basse ou plus haute selon les années. Les filets de gabions vont pouvoir s’adapter aux modifications de profils. Donc si tout à coup il y a une perte de sable qui n’est pas du tout dangereuse ni dérangeante pour la protection, les gabions vont venir épouser la forme du terrain. Cette solution va pouvoir évoluer au fur et à mesure de la modification de la plage.
En quelle matière sont ces filets ?
En polyéthylène haute densité (PEHD), donc à base de pétrole, mais qui a des propriétés de solidité et de résistance à la traction. Le fait qu’ils soient exposés aux UV ne va pas détériorer leurs capacités techniques. Et c’est un matériau qui n’a pas de rejet de particules au contact de l’eau.
L’instauration de « bigs bags » par le passé dans l’île d’Oléron pour contrer l’érosion avait pu entraîner des pollutions plastiques. Est-ce qu’il y a un risque de délitement de ces filets ?
Non. Nous sommes sur un matériau qui est sain, qui ne rejette rien dans l’environnement et qui a une résistance conséquente par rapport aux conditions du site. La manière dont les mailles ont été faites font que s’il y a une maille qui se casse, ça ne vient pas ouvrir tout le filet. Et le géotextile que nous avons mis en arrière est suffisamment épais pour ne pas se déliter. Ça a été un point important dans nos études.
C’est donc une bonne solution transitoire. Est-elle duplicable ?
Oui, et je pense que ça pourrait l’être aussi pour des solutions pérennes dans d’autres environnements. Mais ce sont le suivi de ce projet et les études qui vont nous permettre de l’affirmer.
Combien de temps peuvent tenir ces filets ?
Nous sommes sur du temporaire qui dure plusieurs années, il est prévu que ces gabions tiennent pendant cinq ans sur ce site et soient réutilisables après. Puis la commune va pouvoir récupérer ces filets pour les réutiliser dans d’autres environnements.
Propos recueillis par : Amélia Blanchot
Photos : Amélia Blanchot

