Anaëlle Marot : « Être dans la joie, faire ensemble des actions qui ont du sens, c’est déjà une forme de résistance »

par | 1 avril 2025


Enfant de Missé, près de Thouars dans les Deux-Sèvres, Anaëlle Marot a fait de la préservation de l’environnement son cheval de bataille. Du 7 avril au 7 mai, elle naviguera de l’Espagne à Marseille, avec des escales prévues dans différents ports, pour sensibiliser aux low-tech et à la sobriété. Rencontre avec une “aventurière” auto-proclamée, bien décidée à ne pas se laisser gagner par l’éco-anxiété.


Vous militez depuis plusieurs années pour une meilleure préservation de l’environnement. D’où tenez-vous cette envie de vous engager ?

J’ai eu la chance de grandir à Missé, près du Thouet [affluent de la Loire, NDLR]. Grandir à la campagne, à proximité de l’eau, m’a permis de développer un rapport singulier à la nature, certainement plus sain qu’en ville où la nature est plus aseptisée. Et puis quand j’étais petite, j’ai participé à une opération de nettoyage de la nature organisée par mon prof des écoles. Ça a été un vrai déclic. Pour la première fois, j’ai compris qu’on polluait et qu’il fallait réagir.

Deux décennies plus tard, en 2020, vous vous lancez dans le « projet Azur ». Révoltée par l’invasion du plastique en Méditerranée, vous décidez de rallier l’Espagne à l’Italie en kayak et à vélo afin de participer à des collectes de déchets sur les plages. Racontez-nous.

Ça faisait plusieurs années que j’étais vraiment éco-anxieuse. Je me rendais de plus en plus compte du dérèglement climatique et de ses conséquences, donc j’ai voulu réagir et le faire à ma manière. Je savais que j’avais envie d’être plus en contact avec la nature, d’être moins derrière un ordinateur, et puis de faire ma part pour prendre soin de la planète. C’est comme ça que j’ai décidé de prêter main forte à des associations qui organisent des ramassages de déchets. J’ai ensuite fait le choix de diffuser ces actions sur les réseaux sociaux et lors de rencontres afin de toucher le plus de personnes possible.

Dans la lutte contre la pollution plastique, de nombreux acteurs déplorent l’aspect superficiel des collectes de déchets et appellent plutôt à prendre le problème à la racine, notamment en s’attaquant directement à la production plastique. Qu’en pensez-vous ?

Les collectes de déchets ont de vrais avantages. Déjà, c’est toujours ça en moins de plastique dans le ventre des oiseaux. Ça permet aussi de faire des sciences participatives car lors des collectes, on peut recueillir des données scientifiques. Et puis il y a quelque chose de très enthousiasmant dans les ramassages : chacun ramasse 2 ou 3 kilos et soudain ça fait des tonnes [au total, 3,5 tonnes de déchets ont été ramassées pendant le projet Azur, NDLR]. Enfin, ça permet de se réunir entre personnes qui ont les mêmes valeurs et c’est aussi comme ça qu’on lutte contre l’éco-anxiété ! Être dans la joie, faire ensemble des actions qui ont du sens, c’est déjà une forme de résistance. Après, il est vrai que je ne fais plus de collectes, car il y avait souvent une forme de récupération. On nous disait « Ah, regardez comme les gens sont sales, ils font n’importe quoi avec leurs déchets « , alors que selon moi le principal problème ne se situe pas là. Au contraire, il s’agit bien plutôt de requestionner tout notre système de croissance capitaliste qui ne prend pas du tout en compte les limites planétaires et qui produit à outrance.

De ce projet Azur est né le collectif du même nom, au sein duquel vous imaginez notamment des contes participatifs pour enfants. Pourquoi vous êtes-vous tournée vers le conte ?

Je souhaitais avoir une approche plus tournée vers l’art afin de créer de l’émerveillement. Je suis persuadée que c’est en montrant la beauté du monde qu’on pourra donner envie de la conserver. C’est d’autant plus important quand on parle aux enfants, à qui il est quand même délicat de présenter uniquement la réalité que nous vivons sous son aspect très anxiogène. C’est de là qu’est venue mon envie de raconter des contes. J’ai d’abord fait une conférence théâtralisée [« Tout sur ma mer », NDLR] qui retrace mon aventure du projet Azur. Depuis, j’ai aussi créé le conte « A la recherche de la petite goutte d’eau », qui vulgarise le cycle de l’eau auprès des enfants, ainsi que « Histoire d’arbres« . Ce sont autant de façons de continuer à sensibiliser, mais qui s’inscrivent dans une démarche plus poétique que la collecte de déchets par exemple.

En parallèle de « Projet Azur » et des contes que vous imaginez, vous avez réalisé d’autres aventures en nature pour sensibiliser à l’environnement, comme la descente de la Loire en kayak et à vélo ou celle du Thouet, toujours à vélo. Quels sont vos projets actuels ?

Avec quelques copains, nous avons récupéré un vieux bateau de 1936, le Skjoldnaes. Il a été retapé pendant deux ans par des gens très différents, des députés européens, des zadistes, des gendarmes, des constructeurs de fusées, des circassiens… C’était très beau de voir se rencontrer des personnes si différentes autour de ce projet. Du 7 avril au 7 mai, avec cinq amis, on va désormais partir naviguer à son bord de l’Espagne jusqu’à Marseille. On fera plusieurs escales dans différents ports, avec pour objectif de sensibiliser aux low-tech [objets et techniques utiles, accessibles et durables, NDLR] et transmettre un message de sobriété. On animera notamment des ateliers participatifs de création de technologies low-tech, comme celle d’un pédalier qui devrait servir autant à faire des jus frais qu’à projeter des films. Je vais aussi écrire des contes qui retracent notre navigation, avec l’idée de pouvoir donner un spectacle depuis le bateau en 2027.


Propos recueillis par : Cécile Massin
Photos : Solène Chevreuil

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