Résalis : « En un an, cette mutualisation logistique a permis d’économiser 200 000 km, 2214 heures de trajet et 24 tonnes de CO2 » 

par | 22 septembre 2026

plateau de restauration collective

Économiser du temps, de l’argent, limiter l’empreinte carbone… tout en facilitant l’introduction de produits locaux dans les cantines. Actif depuis 15 ans dans les Deux-Sèvres, Résalis se déploie dans la Vienne depuis le printemps. Cette association propose aux petits producteurs une solution pour mutualiser la commercialisation et le transport de leurs denrées. Un modèle unique en France. Interview de Thierry Chauveau, président de Résalis.


Qu’est-ce que Résalis exactement ? À quels besoins répond l’association ? 

C’est une association de producteurs des Deux-Sèvres. Le postulat de départ est de faciliter l’acheminement des denrées des producteurs locaux dans la restauration collective.

En effet, on observait des freins. Des producteurs ne pouvaient pas accéder à certains marchés de la restauration collective parce qu’ ils étaient géographiquement trop loin et pas assez rentables, en raison du coût du transport et du temps passé sur la route. Par exemple, un établissement scolaire va vouloir 12 kg de carottes, un autre va commander 30 kg de pommes de terre. Si le maraîcher est installé à 60 km, il ne va pas prendre la route pour de si petites quantités. L’idée, c’était donc d’ajouter à cette livraison des yaourts, du fromage, de la viande etc., pour que l’ensemble de ces produits représente un volume d’affaires qui permette de financer le transport. On a donc trouvé une solution logistique pour mutualiser l’acheminement, avec la création de points de collecte. 

L’autre frein, c’était l’accès aux marchés de la restauration collective, soumis à des appels d’offres publics. Souvent, un producteur seul n’a pas les volumes assez importants pour y répondre. On a donc créé un réseau. Pour vous donner un exemple, trois maraîchers qui vont produire 20 kg, 50 kg et 30 kg de pommes de terre ne vont pas pouvoir répondre individuellement à un appel d’offres de 100 kg. Mais ensemble, cela devient possible. Par cette mutualisation, Résalis leur donne accès à un marché qui leur était inaccessible avant. 

Concrètement, comment s’organise la mutualisation logistique ? 

Sur l’ensemble des Deux-Sèvres, on a ce qu’on appelle des points de massification, des points de collecte des denrées alimentaires. Ce sont des espaces frigorifiques qui appartiennent à des adhérents de l’association, et qu’ils mettent gratuitement à disposition de Résalis quelques heures par semaine. 

Les producteurs installés à proximité vont y déposer, le lundi matin et le mercredi matin, l’ensemble des denrées qui leur ont été commandées pour les jours à venir, quelle que soit la destination finale. Chaque commande est clairement identifiée. Le lundi et le mercredi après-midi, notre partenaire logisticien basé à Niort, la STEF, va collecter l’ensemble des points de massification. Tous les produits sont ensuite rapportés sur la plateforme de la STEF à la Crèche, à côté de Niort . Ensuite, dans la nuit du lundi au mardi et du mercredi au jeudi, des salariés font du picking : ils préparent l’ensemble des commandes qui sont arrivées de l’ensemble du département : ils vont faire la commande du lycée x, du collège y, des restos d’entreprise etc. Puis le lendemain matin, ils livrent l’ensemble de nos clients en une seule et même livraison. Le client, lui, va donc recevoir l’ensemble des produits qu’il a commandés sur le territoire. Aujourd’hui dans les Deux-Sèvres nous avons sept points de massification, avec cette idée que chaque producteur en ait un à moins de 25 km de chez lui. Nous avons fait le calcul pour l’année 2023 : cette mutualisation logistique a permis d’économiser 200 000 km, 2214 h de trajet et 24 tonnes de CO2. 

Cette mécanique coûte de l’argent. Chaque producteur est commissionné à 17% de son chiffre d’affaires. C’est ce qui permet à Résalis de payer le transporteur logisticien, ses salariés etc. Et pour chacun il y a une adhésion annuelle qui s’élève à 1% de leur chiffre d’affaires. Dans les Deux-Sèvres, on compte actuellement 42 producteurs et 900 références. 

Depuis le printemps, Résalis se déploie dans la Vienne. Pourquoi et comment s’est construit le projet ? 

Il y avait une demande de structuration logistique. Un appel d’offres a été déposé par le département de la Vienne, les EPCI (Établissement public de coopération intercommunale, Ndlr) du département et la Région Nouvelle-Aquitaine, pour trouver une solution logistique à la livraison des produits locaux. Le Collectif Fermier du Poitou a répondu, et pour mener cette étude, il s’est appuyé sur cinq organismes, Résalis, l’Afipar, le Civam 86, la Chambre d’agriculture et moi-même en tant que consultant externe. 

Durant cette étude, on a recensé l’ensemble des logisticiens potentiels avec qui on aurait pu travailler dans la Vienne, et parallèlement on a mené une étude économique pour évaluer le coût de développement d’une plateforme de type Résalis. Cette étude a démontré que c’était économiquement une hérésie de créer une nouvelle plateforme. Ce qui était d’intérêt général, c’était d’étendre Résalis 79, avec son savoir-faire, cela permettait en plus de passer des denrées alimentaires de la Vienne aux Deux-Sèvres et inversement. Il y avait un intérêt commun et c’est surtout ce qui coûtait le moins cher. Car l’objectif est d’avoir une structure qui s’autofinance, qui soit autonome et ne dépende pas d’un organisme public. 

Aujourd’hui on a cinq points de massification dans la Vienne. On maille 70% du territoire, à l’est, à l’ouest et au sud. 

Le département de la Vienne a-t-il des particularités qu’on ne retrouve pas dans les Deux-Sèvres ? 

Ce sont deux territoires assez similaires, deux départements ruraux avec beaucoup de production agricole qui balaye l’ensemble du spectre des aliments intéressants pour la restauration collective. Ceci dit, dans la Vienne il y a un potentiel commercial intéressant dans le sens où la population du département est 25% supérieure à celle des Deux-Sèvres, on peut donc imaginer à terme 25% de vente supplémentaire. Et il y a les grands parcs touristiques, Center Parcs, le Futuroscope, qui recherchent des solutions d’approvisionnement local. 

Ce dispositif permet concrètement de relocaliser l’alimentation ? 

De manière générale, oui. Il y a des producteurs sur le territoire qui font de la vente directe dans les écoles, les lycées, de gré à gré. Mais là, on peut structurer l’offre, on apporte une véritable solution commerciale et logistique. Et d’après leurs retours, les établissements scolaires voient nettement la différence qualitative des produits qui leur sont livrés. Une volaille fermière élevée en plein air est certes un peu plus chère mais elle est de meilleure qualité, à la cuisson il n’y a pas de perte de poids, il n’y a pas d’eau, et ça se ressent dans les assiettes ! Selon les bilans, il y a moins de gaspillage alimentaire. Les enfants mangent mieux. Quand vous n’avez que des produits industriels ou des produits transformés, c’est difficile d’inculquer une bonne éducation alimentaire. Or l’éducation par la nourriture c’est très important.


Propos recueillis par : Hélène Bannier
Photo haut de page : Marie Queinec / photo portrait : DR

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