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Vous prendrez bien un petit ver ! L’alimentation du futur ?

par | 21 septembre 2019


Thomas Puy élève des insectes comestibles depuis un an à Coulombiers, au sud de Poitiers. Le jeune entrepreneur s’est lancé dans cette aventure avec la conviction de faire un pas vers l’alimentation du futur. Son entreprise s’appelle Nirleem.


L’alimentation du futur

Thomas Puy, fondateur de la société Nirleem

Un hangar de quelques dizaines de mètres carrés, des centaines de caisses en plastique remplies de farine dans lesquelles des milliers de Tenebrio grouillent à différents stades de croissance, un laboratoire de cuisine pour les préparer et les déshydrater : voilà la drôle de ferme de Thomas Puy, qui étudiait encore récemment la biologie à l’Université de Poitiers. C’est en apprenant qu’aux Etats-Unis le commerce d’insectes comestibles progressait de manière exponentielle que Thomas s’est intéressé au sujet. Un rapport de l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), publié en 2014, finit de le convaincre. Avec 10 milliards d’habitants sur la planète en 2050, le réchauffement climatique limitant l’accès à l’eau et à la terre fertile, se nourrir va devenir un casse-tête. La culture d’insectes consomme peu d’espace, peu d’eau, et s’avère très peu polluante. Au niveau nutritionnel, la FAO assure que c’est le moyen de lutter à la fois contre la malnutrition et contre l’obésité. Les insectes sont hyper protéinés, remplis d’acides aminés, de vitamines (A, B1, B2, B12), d’oméga 6 et d’oméga 9, de minéraux (fer, zinc, potassium…). Un score à faire pâlir n’importe quelle barre de céréales destinée aux sportifs de haut niveau !

Un petit goût de noisette

Depuis fin 2018, l’entreprise Nirleem élève donc des Ténébrio Molitor, ou vers de farine. Ces vers sont plus précisément des larves qui deviendront à l’âge adulte des coléoptères de 2 à 3 cm de long (non comestibles). Les larves sont nourries au triticale (céréale) bio et aux épluchures de légumes, bio également. Une fois à maturité, elles sont étourdies en chambre froide « pour limiter la souffrance animale » puis ébouillantées avant d’être déshydratées. Elles sont ensuite assaisonnés selon les cinq recettes mises au point par Thomas. Nature, au curry, herbes et cumin, satay (une épice indienne) ou sumac. Au naturel, les vers ont un petit goût de noisette ou de champignon. Assaisonnés, c’est surtout le goût des épices qui s’impose. Les ventes, exclusivement sur Internet mais bientôt en épiceries fines, ciblent pour l’instant une clientèle de curieux qui veulent faire sensation à l’apéro. Le jeune entrepreneur prévoit de commercialiser par la suite des biscuits, des barres énergétiques et d’autres produits à base d’insectes. Son entreprise devrait être viable d’ici deux ans. « C’est un pari fou, mais un pari sur l’avenir ».

Objectif de Nirleem : produire jusqu’à deux tonnes d’insectes par an

Vaincre les réticences

Même si deux milliards d’êtres humains mangent déjà couramment des insectes, la barrière psychologique reste importante sous nos tropiques. En test au Café-Cantine du Commerce à Gençay au printemps dernier, des coupelles apéro de Ténébrio ont suscité des réactions variées. « Les plus de 50 ans étaient les plus sceptiques, raconte l’un des gérants, avec parfois des réactions épidermiques ! Les plus jeunes se sont laissé tenter sans trop de préjugés, plutôt amusés ». Ceux qui ont goûté ont souvent rapporté « le goût de chips ». Aux plus réticents, Thomas explique avec malice qu’ils mangent déjà entre 500 grammes et 1 kilo d’insectes par an sans s’en rendre compte : dans la farine, le chocolat, le pain, les pâtes, les biscuits, le vin ou la bière, il est fréquent de trouver des traces d’insectes qui ont été broyés lors de la fabrication. Sans parler du colorant rouge E120 provenant de la cochenille écrasée. D’ici quelques années, Thomas Puy, qui n’a que quelques concurrents en France, espère pouvoir produire jusqu’à deux tonnes d’insectes par an.


Rédaction et photo : Claire Marquis

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