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Pêche à pied : sensibiliser pour préserver la biodiversité

par | 12 février 2021


Dans l’Île d’Oléron, les chargés de mission de l’association Iodde vont à la rencontre des pêcheurs de fruits de mer afin de leur faire part des bonnes pratiques à adopter pour la préservation de la biodiversité. Au fil de leurs actions, ils constatent des comportements plus respectueux de l’environnement. Essentiel quand on sait que la pêche à pied est un loisir pratiqué par près de deux millions de Français.


1760 pêcheurs sensibilisés en 2020

Avec sa petite griffe, Philippe fouille méticuleusement la vase dans l’espoir de dénicher de belles palourdes. En cette matinée fraîche d’hiver, ce pêcheur à pied de 61 ans est seul à l’horizon sur le site de Manson. Cet homme est venu de Niort jusqu’à ce spot de Saint-Trojan-les-Bains, dans l’Île d’Oléron. « Un ami m’a initié à cette activité il y a un an et demi. C’est agréable et ça permet de prendre l’air », confie le néophyte. Un jeune en vareuse s’approche, cuissardes sur les jambes et bloc-notes à la main. Il s’agit de Nathan Ropers, chargé de mission “estrans” à l’association Iodde (Île d’Oléron développement durable environnement), créée en 2004. L’estran est la partie du littoral périodiquement recouverte par la marée. Nathan se présente, puis interroge Philippe : est-ce qu’il s’est renseigné sur les horaires de marées avant de venir, sur l’état sanitaire du site, est-ce qu’il connaît la taille réglementaire des palourdes, la quantité maximale qu’il est autorisé à pêcher ? Un petit questionnaire auquel le Niortais répond volontiers. Il est bien renseigné sur la réglementation en vigueur. Seulement, pour savoir si les palourdes « font la maille », Philippe « fait ça à l’œil ». Pour davantage de précision, le représentant de l’association lui donne une réglette dotée de deux trous. Si la palourde japonaise – l’espèce la plus représentée – n’atteint pas 3,5 cm, elle doit rester dans son milieu naturel. Pour la coque, c’est 2,7 cm. Les mensurations des couteaux, araignées, crevettes et autres oursins sont également détaillées. Reconnue pour sa praticité, la réglette de Iodde est devenue un outil prisé des habitués. En 2020, l’association a sensibilisé 1760 pêcheurs sur 50 marées.

Philippe, pêcheur à pied

« Les mentalités changent »

Avant de quitter son interlocuteur, Nathan Ropers lui conseille de descendre plus bas sur l’estran, de s’éloigner du bord. Le coefficient du jour – 89 – ouvre le champ des possibles. « Les palourdes y seront plus grosses. Et n’hésitez pas à revenir en été, vous verrez que votre pêche sera plus simple », recommande le jeune homme. L’échange aura été cordial, comme souvent. « La plupart des pêcheurs respectent la réglementation, à condition qu’ils la connaissent. Ça, c’est à nous d’y veiller. Il y a très peu de braconniers. Globalement, les mentalités changent. Les fourches et les râteaux sont interdits, par exemple, pour ne pas abîmer l’estran. Et nous en voyons rarement », constate le salarié de l’association. Sur le site de Manson, la biomasse totale des palourdes a été estimée en 2020 à 120 tonnes, dont 64 tonnes dites « commerciales », d’une taille supérieure à 3,5 cm. Pour obtenir ces données, les chargés de mission effectuent un suivi annuel grâce à des enquêtes de comptage. « Nous estimons le nombre de séances de pêches réalisées en échangeant avec les pêcheurs, nous pesons également leurs paniers. Dans cette zone, les trois derniers suivis (2015, 2016 et 2020) révèlent que le gisement se porte bien et est relativement stable », se satisfait le spécialiste.

Nathan Ropers à la rencontre des pêcheurs

Une réglementation mieux respectée

Comme le gisement est de qualité à Manson, le respect des mailles y est plus important que sur les deux autres sites de recherche du pays Marennes-Oléron (Bourcefranc-Marennes et Ors). « C’est un cercle vicieux. Si les coquillages sont petits et en faible quantité, les pêcheurs auront tendance à en ramasser davantage qui ne font pas la maille », relève le salarié. Cependant, Iodde constate globalement une tendance à l’amélioration. Toutes espèces confondues, la part des paniers les plus conformes (maillés à plus de 90 %) était de 54 % en 2018 pour 996 paniers, 69 % en 2019 pour 718 paniers et 75 % pour 786 paniers en 2020. La palourde, grâce à son pouvoir de reproduction très élevé, ne fait pas partie des coquillages les plus menacés par la pêche à pied. La coque, en revanche, est plus fragile, car « sensible aux changements de températures. » Elle est pêchée notamment sur le site de Boyardville, toujours à Oléron, qui voit affluer de nombreux vacanciers durant les grandes marées estivales : « En août 2019 à Boyardville, nous avons comptabilisé plus de 600 personnes sur une marée. A Marennes-Bourcefranc, cela peut monter à 1 000 personnes. C’est beaucoup. » La pêche à pied est devenue un loisir pratiqué par près de deux millions de Français, selon les données de BVA-France AgriMer en 2018.

Sur le site de Manson à St Trojan-les-Bains

Bénévoles en nombre et embauches

L’association Iodde, labellisée CPIE (Centre permanent d’initiatives pour l’environnement) en 2011, co-anime le réseau national Littorea, qui plaide pour une gestion durable de la pêche à pied en France. Elle intervient notamment à l’échelle du Parc naturel marin de l’estuaire de la Gironde et de la mer des Pertuis, pour lequel elle fait notamment le suivi écologique des gisements de coques et de palourdes sur l’Île d’Oléron et la presqu’île d’Arvert, la formation de médiateurs et d’acteurs locaux en contact avec les touristes, etc. Et Iodde a bien plus d’une corde à son arc. L’association est à l’origine d’un large panel d’actions sur le territoire Marennes-Oléron : programme de science participative avec la collecte de capsules d’œufs de raie (CapOera), expérimentation de gestion souple du trait de côte (Adapto), formation des gardes du littoral sur “comment parler du réchauffement climatique au grand public”, animations scolaires, suivi des algues d’échouage, conservatoire de l’abeille noire… La liste est longue. L’association ne subit pas la crise du bénévolat. En 2019, 1 100 heures de temps ont été données par des citoyens. Une « vraie chance » mesurée par les responsables. Six salariés travaillent au sein de l’association et deux nouvelles embauches ont eu lieu en novembre dernier. L’équipe est parée pour multiplier encore les projets.


Rédaction : Amélia Blanchot
Photo : Annabelle Avril

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