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Avec Icycle, des saisonniers pédalent grâce au savoir-faire des détenus 

par | 5 septembre 2023


L’association Icycle a inauguré en juin 2023 un chantier d’insertion au sein de la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré. Cinq détenus démontent et réparent des vélos récupérés avant tout en déchetteries, qui profitent notamment aux saisonniers de l’île. Premier bilan.


Serviette sur l’épaule et chapeau sur la tête, les client·es se dirigent vers leurs tentes. C’est l’heure du retour de plage au camping Les Baleines, à l’extrémité nord de l’île de Ré. Nous sommes en plein mois d’août, un panneau « complet » est posé devant l’accueil. Derrière le comptoir, Cloé, 22 ans, s’affaire à répondre aux nouveaux arrivants. La réceptionniste travaille ici pour la saison, en tant qu’alternante en BTS Tourisme. Elle est venue en voiture de Dordogne avec son petit frère, Téo, boulanger dans le même établissement. Mais cet été, c’est principalement à vélo qu’ils se déplacent tous deux dans l’île de Ré.

« Je ne me sers quasiment pas de ma voiture. J’utilise le vélo tous les jours pour me déplacer dans le camping, aller à la plage, faire des courses, aller voir des copains… C’est pratique ! », explique la cycliste, ravie, d’autant que ses déplacements ne lui coûtent pas un centime. Ce vélo a été mis à disposition gratuitement par Séverine et Bastien Trouvé, les gérant·es du lieu. Tous les deux ont fait appel à l’association Icycle, une Structure d’insertion par l’activité économique (SIAE) pilotant un chantier d’insertion au sein de la Maison centrale de Saint-Martin-de-Ré. Depuis juin 2022, les détenus en fin de peine remettent en état des vélos collectés en déchetteries, auprès des professionnels des articles de sports et de loisirs ou encore via des particuliers.

Icycle, réinsertion et mobilité douce

Officiellement inauguré en juin 2023, Icycle a déjà « démonté 500 vélos et 200 ont été remis en selle. 170 pour les adultes, 30 pour les enfants. Une cinquantaine d’entre eux sont destinés à être loués et nous en avons vendu 62, notamment pendant des bourses aux vélos », énumère Coralie Morel, pétillante fondatrice et coordinatrice de la structure. Pour reconditionner tous ces deux-roues, cinq détenus sont sollicités. Deux sont chargés du démontage, trois s’occupent de la réparation. Il leur reste moins de trois ans de prison à purger, c’est l’une des conditions pour intégrer cette SIAE. Les cinq personnes sont chapeautées par Stéphanie Chancereul, encadrante technique :

« Les détenus ont vraiment à cœur de faire de beaux vélos. Les acheteurs ou loueurs ne s’en rendent pas forcément compte mais ils vont vraiment dans les détails. Il y a un travail énorme pour eux sur la confiance en soi, ils acquièrent aussi beaucoup de compétences qui pourront faciliter leur réinsertion. »

Économie circulaire, mobilité douce, accompagnement des personnes détenues : Icycle coche toutes les cases de l’initiative cohérente, séduisant de nombreux partenaires. A l’image de la Communauté de communes de l’île de Ré (CdC). Cette année, la collectivité a accordé une subvention de 7000 euros à l’association et propose un partenariat pour louer les deux-roues aux travailleurs saisonniers.

Icycle photo 4 crédit Amélia Blanchot
En 2023, 50 vélo reconditionnés par les détenus ont été loués

Loué 1 euro par jour

Le service de location a été expérimenté pour la première fois cet été, pour la somme modique d’un euro par jour. « Et tout inclus ! Avec de nombreux accessoires : le cadenas, la sonnette, l’antivol, les lumières, un panier ou un porte-bagages. En cas de problème, la réparation est gratuite », détaille Coralie Morel. Un dépôt de garantie non encaissé de 100 euros est exigé, tout comme une cotisation annuelle de 10 euros à l’association. La petite reine peut même être livrée à domicile ou sur le lieu de travail, pourvu qu’il soit rétais. Des formules à 90 euros l’année pour une location de plus de trois mois sont également suggérées aux employeurs. Pourtant déjà équipée de vélos pour ses 11 saisonniers, c’est cette option qu’a choisie Séverine Trouvé, la co-gérante du camping des Baleines. « Notre problème est qu’il faut stocker les vélos quelque part l’hiver et, surtout, les entretenir. Nous n’avons pas le temps et certains n’étaient plus en état. Faire appel à Icycle est très pratique pour nous. Nous avons tout géré par Internet et nous nous sommes fait livrer quatre vélos complètement révisés que nous allons pouvoir rendre à la fin de la saison. A terme, nous pensons nous débarrasser de tous nos vélos et utiliser uniquement ce système de location. », indique la professionnelle, dont l’établissement est inscrit dans une démarche RSE (Responsabilité sociétale des entreprises). « Au lieu de prendre leur voiture, nos saisonniers peuvent se déplacer à vélo, que nous leur fournissons gratuitement. Nous travaillons sur un site classé, très ‘‘nature’’, et sommes très sensibles à la préservation de l’environnement », complète son mari.

Prolongé à l’année

Pour ce cru 2023, 50 vélos ont ainsi été loués. 32 par les saisonniers eux-mêmes, à leurs frais. Six employeurs différents ont joué le jeu en prenant en charge la location pour leurs salarié·es. Des premiers chiffres encourageants, mais qui gagneraient à croître pour répondre aux besoins des 3800 à 4000 saisonniers et saisonnières recruté·es chaque été dans l’île. Car si le logement est un indéniable frein à l’embauche, « nous avons également constaté que la mobilité pose d’importants soucis », relève Lionel Quillet, président de la CdC. Au terme d’un premier bilan posé fin août, il a donc été décidé de prolonger cette opération à l’année, en l’élargissant à d’autres publics. Apprenti·es, stagiaires, ou encore titulaires d’un contrat de mobilité pourront désormais bénéficier de cette formule. La coordinatrice de Icycle promet un développement important de l’activité en 2024. La CdC s’engage à soutenir cette expansion, convaincue par les « nombreux avantages » du dispositif. « C’est un projet à visage humain dans l’île de Ré, avec un accompagnement socio-professionnel des détenus, qui limite les déchets et offre des solutions de mobilité douce. L’année prochaine, nous allons passer au niveau supérieur », certifie le président. Changement de braquet en perspective pour ce « bon plan vélo », peu coûteux et respectueux de l’environnement.


Rédaction et photos : Amélia Blanchot

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