Son objectif : changer notre regard sur les arbres qui nous entourent. Dans le bocage bressuirais, Ianis Bouteloup est arboriste-élagueur professionnel. Avec son entreprise ArborAddict, il développe depuis 2024 une activité d’éducateur de grimpe d’arbre et propose des expériences de sensibilisation par la sensation. Reportage à l’occasion d’une nuit perchée dans les arbres avec un groupe d’adolescent·es, au cœur de l’été à Nueil-les-Aubiers (79).
Dans la canopée d’un bouquet de Pins noirs, des hamacs et cordages sont bien installés. Sourire franc et regard chaleureux, Ianis Bouteloup accueille un groupe de six jeunes qui doivent passer la nuit à plus de huit mètres du sol. D’une posture calme et rassurante, il leur explique comment deux cordes vont leur permettre de se hisser seul·es en haut des monstres de verdure. Pendant que les ados s’élancent vers les cimes en se dandinant comme des chenilles, Ianis a les yeux partout.
Sensibiliser par les ressentis dans les arbres
Avec la souplesse et la discrétion d’un écureuil, il passe son temps à monter descendre, pour venir enrichir l’expérience de chacun·e. « Pendant la montée, si je vois une fourmilière sur une branche, de la mousse, j’essaie d’observer ce qui leur parle. Chacun se connecte à quelque chose de différent, qu’il ne partage pas forcément d’ailleurs. Certains aiment les oiseaux, d’autres les odeurs d’écorce… » À partir de leurs différentes sensibilités, l’animateur nature autodidacte cherche à leur transmettre quelques éléments sur le vivant qui les entoure, sans jamais donner de leçon. Dans sa besace, on trouve un document pour apprendre à reconnaître les arbres, un appareil qui détecte les ultrasons émis par les chauve-souris la nuit, et un peu de malice pour faire vivre pleinement l’immersion. « Je fais exprès de laisser sur leur parcours des feuilles qui vont venir dans le visage, tout ça fait partie de l’expérience », s’amuse-t-il.

D’élagueur à animateur de grimpe
Ianis Bouteloup a découvert la grimpe il y a plus de 15 ans en Allemagne, dans la Forêt-Noire. « Avant je faisais beaucoup de sport, et des jobs alimentaires en parallèle. Et puis un jour, un de mes cousins arboriste grimpeur m’a demandé un coup de main sur un chantier. À la fin de la journée, j’ai réalisé que je pouvais lier activité sportive et travail. »
Cela a été le début de la grimpe professionnelle. Il a pu travailler dans des entreprises spécialisées où il a appris au contact des autres, sans aucun parcours théorique.
Puis retour en France en 2019. « J’ai redécouvert le bocage, ce territoire où j’ai grandi, avec un œil plus professionnel. » Il crée alors ArborAddict. Au terme d’élagueur, il préfère celui d’arboriste grimpeur. « Il y a plus la notion de réflexion et de soin que dans le mot élagueur, apparenté à la coupe, justifie t-il. Mon approche de conservation du patrimoine arboré me pousse à faire évoluer mes pratiques, à réfléchir aux conséquences de ce que je fais dans mon travail. » Au fil de ses recherches, il a trouvé un certificat de qualification professionnelle d’animateur en grimpe d’arbre. « Je ne suis pas toujours très sociable mais dès la formation, je me suis vite rendu compte que j’étais mordu par l’idée de transmettre ce plaisir de la grimpe. » L’animation vient sur une autre saison que la taille des arbres, et l’ambiance est moins solitaire. Son activité d’élagage fonctionne, il n’y a donc pas d’urgence à développer cette nouvelle branche. Ce qui permet au grimpeur de prendre le temps de cibler son public et ses prestations pour faire ce qui lui tient vraiment à cœur.

Recréer du lien avec les arbres
Et pour amener les humains aux arbres, les idées ne manquent pas. Cette nuit dans les arbres s’inscrit dans une semaine complète d’activités organisée pour le jeune public par la ville de Nueil-les-Aubiers avec initiation à la grimpe, casse-croûte dans les arbres et tyrolienne à sensation. « Naturellement on pousse les enfants à essayer la grimpe, constate l’animateur, mais tout le monde peut y trouver son compte . »
Ianis aimerait d’ailleurs développer des offres pour les adultes, des apéros et même des concerts ! Avec l’aide de ses copains de la matériauthèque Accro’bât, il a construit une scène éphémère. C’est une plateforme en bois hexagonale de 6m² modulable qu’il peut sangler et haubaner sur des troncs d’arbres. Pour son inauguration l’an dernier à Bressuire, un slameur et un DJ sont venus performer à six mètres de haut. Cela permet de mettre en valeur les arbres. Surtout ceux que les gens ne voient pas forcément alors qu’ils passent devant tous les jours. « J’adore entendre “Ah tiens, mais il y a un bel arbre ici !” Ça tient à peu de chose, s’enthousiasme l’homme en baudrier. Il faut juste prendre le temps de s’arrêter et de lever la tête. Je veux que les gens regardent les arbres, qu’ils se projettent dedans, qu’ils se les accaparent, qu’ils s’identifient à eux. Qu’ils retrouvent un intérêt à vivre avec les arbres, pas à côté.«
Rédaction : Marie Gazeau
Photos : Clément Braud

