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“La Ferme Marine d’Artouan est un lieu d’engagement”

par | 5 avril 2021


Naturelles, les huîtres ? Oui, à la Ferme Marine d’Artouan, localisée à Saint-Just-Luzac près de Marennes (17). David et Ingrid Mercier y sont aquaculteurs. En plus de leur activité ostréicole, ils élèvent des truites et des crevettes impériales. Avec le souci permanent de travailler en symbiose avec la nature, dans le respect des cycles, de la saisonnalité et de l’environnement.


Biodiversité d’une ferme marine

Pour rejoindre la Ferme Marine d’Artouan, il faut s’enfoncer dans de petits chemins blancs au cœur du marais charentais. Nulle âme qui vive à l’horizon, si ce n’est quelques mouettes et quelques vaches qui cohabitent sur ces terres marécageuses. Un décor de bout du monde. C’est en mai 2017 que David et Ingrid Mercier ont racheté cette ancienne exploitation ostréicole abandonnée. Le site de 11 hectares est constitué de 24 claires, soit 2,8 hectares de surface en eau entourés de lavande de mer, salicorne, moutarde sauvage, obione… : une biodiversité végétale que le couple prend soin de laisser s’épanouir, avec l’idée dans le futur de pouvoir valoriser certaines des plantes comestibles issues de la ferme. « On essaie d’intervenir le moins possible sur l’environnement de la ferme et la végétation », explique Ingrid Mercier.

A Saint-Just-Luzac, la ferme marine a fait le choix de l’extensif plutôt que l’intensif

Le choix de l’ostréiculture traditionnelle

Actuellement dans les claires, David Mercier pêche les dernières huîtres de la saison. « Ici on n’affine que des huîtres naturelles, 100% nées en mer dans le bassin de Marennes-Oléron. » Il se différencie en cela des producteurs d’huîtres triploïdes issues d’écloseries, reproduites avec des géniteurs à quatre chromosomes, génétiquement modifiées, et des huîtres naturelles à deux chromosomes. Stériles, ces organismes vivants modifiés (OVM) à trois chromosomes représentent plus de 50% de la production ostréicole en France. Certes la production de triploïdes est plus rentable car les cycles de production sont plus courts, et la stérilisation qui les rend moins laiteuses l’été permet de répondre au goût des clients et d’en vendre toute l’année. Mais pour David :

L’important est de travailler avec la nature, dans le respect des cycles et de la saisonnalité. Ici on se casse la tête à faire des produits sains et propres, avec une faible densité d’huîtres au mètre carré. Alors oui, on doit faire 5 tonnes par an quand notre voisin en fait entre 1000 et 1200… Mais on préfère privilégier la qualité à la quantité.

Aucune législation n’impose d’afficher à la commercialisation si les huîtres sont triploïdes ou non. C’est face à cette absence de traçabilité et d’étiquetage explicite qu’a été créée la marque Ostréiculteur traditionnel, regroupant les producteurs d’huîtres naturelles des sept bassins ostréicoles français.

Huîtres naturelles VS huîtres triploïdes, explications de David Mercier

Cohabitation vertueuse

Pour la rentabilité de la ferme, le couple a fait le choix de la diversification. Depuis trois ans il expérimente l’élevage de truites dans les claires. Ce sont des truites d’eau douce achetées à Saint-Césaire près de Saintes. « On les introduit en novembre et on les laisse se débrouiller toutes seules ! ». Actuellement l’aquaculteur pêche les derniers poissons et à la mi-avril il mettra les claires à sec, avant de les remettre en eau à la fin du mois de mai et lancer la production de crevettes impériales. « On les achète dans une écloserie à Marennes, au stade post-larve, quand elles ont 19 ou 20 jours. Comme pour les truites, on ne va pas les nourrir. Elles vont grandir dans les claires avec les huîtres.» Une proximité vertueuse puisque la nuit les crevettes brassent la vase pour rechercher de la nourriture, ce qui limite la photosynthèse et ainsi la formation d’algues en été, néfastes aux huîtres.

La ferme marine pour moi, c’est un projet professionnel, mais c’est aussi un projet de vie. C’est une manière de m’engager concrètement dans les valeurs qui me tiennent à cœur : le respect de l’environnement, et le choix d’une consommation raisonnée. Et d’être en accord avec moi-même.

Ingrid Mercier

Vers une ferme pédagogique et d’accueil des publics

Pour Ingrid et David, au-delà d’un simple outil de travail, « la Ferme Marine d’Artouan est un lieu d’engagement » où porter des valeurs mais également les transmettre. Leur objectif est maintenant de pouvoir accueillir des écoles, afin de permettre aux enfants de découvrir le marais, ses plantes et ses oiseaux, hérons, cormorans, martins pêcheurs, balbuzards pêcheurs… « Ce que nous voulons aussi, c’est que les enfants comprennent comment fonctionne une production dans son environnement. Une claire ce n’est pas un bassin en béton dans lequel tu poses tes huîtres. Il y a une symbiose, l’écosystème fait partie de la production ! » Faire découvrir leur savoir-faire à un public plus large fait également partie des projets, avec la possibilité de déguster sur place quelques huîtres ou crevettes grillées. Au cœur d’une zone Natura 2000.


Rédaction : Hélène Bannier
Photo : Bastien Guinard / Ingrid Mercier

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