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En Charente, Le Train optimise les lignes sous-exploitées et décentralise le TGV

par | 24 février 2022

Depuis l’ouverture des lignes ferroviaires françaises à la concurrence en 2019, des initiatives se développent pour intensifier la circulation de trains à grande vitesse, et décentraliser le réseau. C’est notamment le cas du Train. Cette compagnie basée à l’Isle-d’Espagnac, près d’Angoulême, va optimiser l’exploitation du rail en faisant circuler davantage de TGV, pour dynamiser le trafic inter et intra régional. Le but : rendre la grande vitesse accessible à tous et favoriser l’écomobilité. Le projet commencera en Nouvelle-Aquitaine et en Bretagne-Pays-de-Loire fin 2022, avec pour objectif de s’étendre dans toute la France. Interview de Nicolas Chassagne, directeur d’exploitation du Train.

Quel est le principe du Train ?

Le principe du Train, c’est de mettre à disposition la grande vitesse à l’échelle multi-régionale en créant de nouvelles opportunités de trajet. Pour cela, nous n’avons pas prévu de construire de nouvelles lignes ferroviaires, mais simplement de mobiliser le réseau existant. L’un des enjeux du Train, c’est de décentraliser ce réseau, car la ligne à grande vitesse actuelle est essentiellement polarisée sur des axes Paris-province ou province-Paris. Ce n’est pas un projet révolutionnaire sur le plan technique parce que les infrastructures, le matériel roulant existent déjà : la modernité du Train repose plutôt sur sa simplicité, son organisation. L’idée, ce n’est pas de faire de la concurrence sur des destinations qui sont déjà bien desservies, mais plutôt de compléter une offre existante en proposant davantage de dessertes sur les lignes sous-exploitées. Concrètement, on veut augmenter le nombre de possibilités de se déplacer d’un point A à un point B.

Quels trajets Le Train va-t-il permettre d’optimiser ?

Le Train va permettre de desservir 11 villes du Grand-Ouest via 10 rames grande vitesse de 350 places chacune. Il sera, par exemple, possible de relier Bordeaux et Nantes en 3h seulement, au lieu de 4h15 actuellement. Aujourd’hui, ce trajet s’effectue soit en passant par la côte atlantique, soit par une correspondance Bordeaux-Paris suivie d’un Paris-Nantes. Ici, Le Train va chercher à se limiter à l’essentiel en proposant de relier les deux destinations via Tours, plutôt que de passer par la capitale. Cela permettra aux voyageurs de gagner plus d’1 heure de trajet tout en restant dans le même train. Dans cette même idée, nous allons également proposer un nouveau service pour faire Angoulême-Arcachon sans correspondance à Bordeaux. Autre exemple : entre Bordeaux et Angoulême, ce sera désormais 40 minutes de trajet au lieu d’une heure. En tout, Le Train va permettre de réaliser une cinquantaine de dessertes supplémentaires par jour.

Le Train souhaite créer de nouvelles opportunités de trajet entre 11 villes différentes du Grand Ouest (crédit : www.letrainvoyage.fr )

Le Train répond-il à un enjeu écologique ?

Tout à fait, notre but, c’est de reporter l’utilisation de la voiture vers le train. Nous pensons que c’est en multipliant l’offre que nous allons créer et rencontrer la demande. Sur des trajets où il n’existe pas de trains permettant de partir suffisamment tôt et de rentrer suffisamment tard, les gens prennent leur voiture, font du covoiturage, ne se déplacent pas ou moins. Le Train, lui, va permettre d’être utilisé pour sa journée de travail – par exemple pour des Angoumoisins souhaitant aller travailler, étudier à Bordeaux – ou simplement pour y passer une journée plus complète. Notre objectif en proposant ce service, c’est de permettre à des personnes qui utilisent la voiture, faute de transport en commun disponible, de disposer d’une véritable alternative, plus écologique. Nous comptons également acheter certaines de nos rames d’occasion dans le but de les remettre en état. Et nous pensons créer des espaces pour emporter des vélos à bord, ce qui, pour l’instant, n’est pas possible en TGV.

A quelle fréquence Le Train va-t-il circuler ?

Pour que le ferroviaire soit attractif, il faut qu’il soit en adéquation avec les besoins, les envies de mobilités des usagers. C’est pourquoi au niveau de la fréquence, plus d’une dizaine d’allers-retours quotidiens sont prévus entre Bordeaux et Angoulême, dont trois avant 9h du matin et trois autres après 21h. Ce sont des horaires qui permettront de ne pas s’inquiéter de rater son train pour rentrer chez soi, après le travail. Là, si vous manquez votre train, vous savez que vous en aurez un autre une demi-heure ou trois-quarts d’heure plus tard, sans risque de vous retrouver coincé loin de chez vous.

Quel modèle économique va permettre au Train de fonctionner ?

Le Train cherche à rétablir une certaine cohérence au niveau des prix. Aujourd’hui, on est sur des prix qui varient énormément : un jour le Paris-Bordeaux va nous coûter 25 euros, la fois suivante ce sera 70. Ceci est dû à ce qu’on appelle le yield management [ndrl : « la tarification en temps réel »] , qui va par exemple consister à remplir son train avec des prix relativement bas puis, une fois l’équilibre économique atteint, augmenter les prix. C’est une technique que l’on voit beaucoup dans le secteur de l’aérien. Au Train, nous allons opter pour un système différent. Nous aurons bien des trains qui seront potentiellement plus onéreux que d’autres, suivant les coûts qu’ils génèrent pour nous en fonction de leurs horaires, mais on s’engage à ce que les prix pour chaque sillon – c’est-à-dire, chaque trajet entre deux points définis sur un créneau défini – conserve un tarif stable. Ainsi, votre Bordeaux-Angoulême arrivant le lundi à 8h aura un prix constant d’une semaine sur l’autre.

Comment est né le projet ?

Le Train est né d’un regret de Grand Angoulême de ne pas avoir été mieux desservi, suite à la mise en service de la ligne à grande vitesse Tours-Bordeaux. L’unique opérateur de l’époque, la SNCF, avait, pour des raisons économiques, fait le choix de mettre en circulation beaucoup plus de Paris-Bordeaux que de Bordeaux-Angoulême. A force de chercher des interlocuteurs, Grand Angoulême a rencontré Toni Bonifaci [ndrl : chef d’entreprise angoumoisien] et Alain Gétraud [ndrl : ex-ingénieur de la SNCF], les cofondateurs du projet. L’agglomération leur a ensuite confié une étude, pour analyser la possibilité d’augmenter la desserte de la ville via la ligne à grande vitesse. Ils en sont arrivés au constat que celle-ci était sous-exploitée par son unique opérateur de l’époque. L’étude s’est révélée si intéressante que Toni et Alain ont décidé de la mettre en pratique, puis d’étendre le modèle au-delà de Bordeaux-Angoulême.

A quel stade de son développement se situe Le Train ?

Nous visons un objectif de mise en service pour décembre 2022. L’offre que j’ai décrite sera toutefois certainement moins ambitieuse au lancement : les trains seront mis en place progressivement à partir de cette date. Au niveau de notre développement géographique, pour l’instant, nous nous concentrons sur le Grand Ouest avec une zone s’étendant d’Arcachon – la destination la plus au sud – à Rennes, la plus au nord. Là où le modèle du Train sera réplicable, nous espérons ensuite pouvoir adapter son principe à d’autres régions, si des lignes sous-exploitées nécessitent que nous mettions en place des dessertes complémentaires.

Rédaction : Hildegard Leloué
Photos : Hildegard Leloué / Le Train

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