La Fabrik à Déclik, un festival du pouvoir d’agir pour les jeunes

par | 3 novembre 2026


Redonner vie à du vieux mobilier, concocter une pâtisserie végétale, écrire un slam, s’essayer au rugby sans contact, écouter des parcours inspirants… Pendant les vacances de la Toussaint, le collège Pierre-Mendès-France à La Rochelle a accueilli 65 jeunes à l’occasion du festival La Fabrik à Déclik. Avec comme ambition d’offrir un espace d’expression et donner envie d’agir.


Marqueur jaune dans la main, la jeune fille délimite avec soin les contours d’une chaise peinte en bleu ciel. « C’était une vieille chaise, je l’ai poncée, repeinte et je vais pouvoir la ramener chez moi demain soir. C’est chouette, j’ai appris différentes techniques. C’est bien de pouvoir faire un truc créatif », sourit Adèle Marige. Cette collégienne de 13 ans a intégré un parcours « transformation de mobilier » à l’occasion La Fabrik à Déclik. Du 20 au 22 octobre, ce festival à prix libre dédié aux 12-30 ans s’est déroulé au collège Pierre-Mendès-France, à La Rochelle. Cet établissement du quartier de Mireuil classé REP+ (Réseau d’éducation prioritaire renforcé) a accueilli 65 jeunes durant trois jours. « Nous avions fixé une jauge maximale à 70 participants donc c’est super que nous ayons autant de monde », se rejouit Florine Jollivet, directrice et fondatrice de l’association KPA La Rochelle, qui promeut l’entrepreneuriat coopératif. Tous les profils de jeunes sont présents : la moitié sont des collégien·nes, il y a des lycéen·nes, une dizaine d’enfants d’un centre social mais aussi des jeunes sans emploi ni formation.

devant le collège Pierre-Mendès-France, à La Rochelle
Dans le quartier de Mireuil, le collège rochelais Pierre-Mendès-France, classé REP+, a accueilli la Fabrik à Declik pendant les vacances de la Toussaint.

Espace d’expression et pouvoir d’agir

L’événement doit son origine à l’association nationale Osons ici et maintenant, qui a déjà réalisé 33 éditions de Fabrik à Déclik à travers la France. Sur des bases de transition écologique et sociale, cette manifestation a pour vocation de faire vivre des expériences positives aux jeunes et leur donner des moyens d’agir.

On veut créer des déclics mais aussi donner de l’espace aux jeunes. Le dernier jour, ils ont d’ailleurs carte blanche pour s’exprimer pendant la cérémonie de clôture. On leur laisse la scène et c’est important, c’est d’ailleurs en lien avec l’actualité des mobilisations lycéennes. Il n’y a pas d’objectif de résultats sur ce festival, l’idée est plutôt leur faire vivre l’expérience d’être écoutés, encouragés, et qu’ils aient un bagage plus solide pour construire l’avenir
Florine Jollivet, directrice et fondatrice de l’association KPA

Les équipes de KPA et du Collectif actions solidaires (CAS), co-organisateur, ont donc investi le collège rochelais « pour faire école autrement ». Trois demi-journées de parcours animées par des partenaires (La Matière, Stade rochelais, Atlas impros du monde, etc.) étaient au programme pour développer, au choix, son âme d’artiste avec le slam, sa confiance avec l’improvisation théâtrale, son talent de bricoleur avec la transformation de mobilier, son pouvoir créatif avec la broderie, sa gourmandise avec la pâtisserie ou encore son esprit sportif avec le rugby sans contact.

« Dénoncer des injustices »

Ayo Awaiye s’est inscrite au festival « par envie de découverte. Pour une fois qu’on nous propose des choses intéressantes dans notre quartier. D’habitude c’est toujours pour les plus petits », confie cette jeune femme de 17 ans, actuellement en année de césure après avoir quitté le lycée, qui ne « sait pas trop quoi faire. » « La pâtisserie, j’aime bien en faire à la maison, je me suis dit que le côté végétal peut être meilleur pour la santé. C’était bien ! »

Quelques salles plus loin, quatre plumes studieuses posent leurs mots sur des feuilles blanches. C’est l’atelier slam, encadré par Nino. Fatoumata langa rédige un texte qui parle du cancer. « C’est un cadeau pour moi d’être avec quelqu’un qui m’aide à créer. J’aime écrire, ça me permet de dénoncer des faits. Le slam, c’est un outil qui permet de dénoncer des injustices », considère la lycéenne de 16 ans, gagnante d’un concours d’éloquence l’an dernier. Elle n’a pas pris part au mouvement lycéen, en tout cas pas dans la rue. « Je ne me vois pas aller en manifestation, même si je défends la plupart de leurs idées. Je m’exprime différemment« , complète-t-elle.

une lycéenne de 16 ans écrit pour un concours de slam
Fatoumata Ianga, lycéenne de 16 ans, participe au parcours slam

Parcours inspirants

Au fil du festival, les participant·es ont également suivi des ateliers d’introspection, de développement de compétences (réparation de vélo, auto-défense, dessin, jardinage, etc.), de lâcher prise ou encore d’inspiration, avec des témoignages d’intervenant·es sur leurs expériences, leurs réussites, leurs échecs. La drag queen Ally Saint Moon, la co-directrice des Francofolies de La Rochelle Émilie Yakich, l’artiste mexicaine Ameyalli, l’entrepreneur Renaud Cardinal se sont par exemple déplacés pour ces temps de partage. Ou encore Marius Milliasseau, 26 ans, venu parler, « sans tabou » de son hospitalisation en psychiatrie et de sa reconstruction. « L’échange était génial. La santé mentale, ça touche tout le monde, » raconte celui qui s’est aussi inscrit à l’atelier slam. « C’est l’occasion de déclamer des choses à dire, d’avoir l’espace pour s’exprimer en tant que jeune, » se satisfait ce chercheur d’emploi.


Rédaction et photos : Amélia Blanchot

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