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De l’Aquitaine à la Nouvelle-Aquitaine, Enercoop a changé d’échelle

par | 27 septembre 2021


Enercoop est de ces fournisseurs d’électricité à contre-courant. Chaque client souscrivant à son offre est assuré que l’équivalent de sa consommation est injecté dans le réseau par des producteurs locaux d’énergies renouvelables. Avec son fonctionnement en coopérative, il compte également favoriser la réappropriation citoyenne des outils de production d’électricité. Cette année, Enercoop Aquitaine est devenue Enercoop Nouvelle-Aquitaine, couvrant ainsi l’ex Poitou-Charentes et l’ex Limousin. Interview de Mathilde Plaineau, chargée de communication et de vie coopérative.


Quelle est la différence entre Enercoop et un fournisseur d’énergie plus classique ?

Enercoop est aujourd’hui le seul fournisseur d’électricité national avec un statut de coopérative. C’est également le premier fournisseur à avoir proposé une offre d’électricité 100% renouvelable et en contrat direct à sa création, il y a 15 ans. Fondé par des acteurs tels que Greenpeace, la NEF, Les Amis de la Terre, Biocoop et autres structures engagées dans la transition écologique et l’économie sociale et solidaire, Enercoop avait pour but de proposer un service citoyen, à l’heure où le marché de la fourniture d’électricité était en phase d’être privatisé. Actuellement, il s’agit de l’un des rares fournisseurs à proposer une offre dont l’origine de l’électricité est traçable, transparente et se base sur un approvisionnement direct, c’est-à-dire en contrats de gré à gré passés entre Enercoop et des producteurs français d’énergie renouvelable. Cette contractualisation en direct nous permet, pour certains profils de producteurs comme les collectifs citoyens, de proposer des tarifs d’achat qui vont les soutenir dans leurs projets innovants. Cela assure également aux personnes souscrivant à notre offre d’électricité que l’équivalent de leur consommation sera produit par des producteurs français d’énergie renouvelable, et que cette production sera financée grâce à leurs factures. C’est un moyen d’encourager le développement des énergies vertes dans le mix énergétique français.

Enercoop fournit-il une énergie plus verte que celle d’un fournisseur concurrent ?

Si vous changez votre contrat d’électricité EDF, par exemple, pour Enercoop, il ne va rien se passer d’un point de vue physique : votre compteur ne sera pas changé, et vous ne serez pas raccordé à une centrale éolienne ou à une centrale photovoltaïque ; vous resterez affilié au réseau ENEDIS, le réseau national d’électricité qui distribue l’ensemble de la production française tout confondu (nucléaire, énergies renouvelables, etc.). L’alimentation de votre maison ne changera donc pas d’un point de vue technique, en revanche, la traçabilité que propose Enercoop est de nature financière. En souscrivant, vous savez que vos factures d’électricité financeront uniquement des producteurs d’énergie renouvelable et qu’Enercoop s’engage, avec ces mêmes producteurs, à injecter dans ce fameux réseau de distribution français autant d’électricité d’origine renouvelable que celle consommée par ses clients. A l’échelle nationale, les plus de 300 producteurs avec lesquels nous travaillons ont ainsi couvert, en 2020, 111% de la consommation de nos clients. En Nouvelle-Aquitaine, ce ratio est de 92% grâce aux 34 installations dont nous sommes partenaires sur le territoire (22 installations photovoltaïques, 8 centrales hydroélectriques, 3 parcs éoliens et une centrale biomasse).

Quel était l’enjeu du passage d’Enercoop Aquitaine à Enercoop Nouvelle-Aquitaine en 2021 ?

Le principe des coopératives régionales d’Enercoop, c’est d’être vraiment ancrées à l’échelle locale, et notre région étant très vaste, on a préféré bien penser les choses avant de se déployer, s’assurer d’avoir au préalable des projets sur l’ensemble de la Nouvelle-Aquitaine. Cette nouvelle échelle territoriale faisait que, ces dernières années, nous étions parfois amenés à travailler au-delà de l’Aquitaine, en ex Poitou-Charentes ou en ex Limousin. Il y avait donc déjà des collectivités, des clients et des producteurs affiliés à Enercoop dans ces anciennes régions, mais pas de coopératives ancrées sur ces territoires-là, pas d’interlocuteur local pour créer une dynamique spécifique au territoire.

Si l’on regarde l’ex Poitou-Charentes, quels sont les clients d’Enercoop et quels sont les producteurs d’énergies renouvelables?

En ex-Poitou-Charentes, nos clients sont à 84% des particuliers, le reste étant constitué d’entreprises et de collectivités. Parmi elles, on retrouve notamment la ville de La Rochelle, où 20% de l’électricité consommée provient de compteurs Enercoop. L’agglomération de Saintes et la ville d’Aytré font également partie de nos clients publics. Du côté de nos producteurs, nous avons par exemple deux projets innovants dans l’Ile d’Oléron : une crèche dont l’installation photovoltaïque a été financée par la collectivité et une partie des habitants via la communauté de communes ; et Ecopole, un centre de gestion des déchets qui produit également de l’électricité solaire. Il y a aussi l’agglomération Rochefort Océan, où la station de lagunage produit de l’électricité renouvelable à partir de gaz (essentiellement du méthane) issue de la décantation d’eaux usées. Un quart de nos producteurs sont des collectivités locales.

Pourquoi cette volonté de décentraliser le modèle énergétique français ?

Pour nous, c’est d’abord une question de résilience des territoires : nos coopératives locales ont pour but de rapprocher les producteurs des consommateurs et les points de consommation des points de production, de créer un véritable circuit court à l’échelle de la région. L’objectif global est de permettre la réappropriation citoyenne de nos outils de production. Or, le fonctionnement actuel de l’énergie, qui repose sur des modèles industriels complexes et centralisés, à l’instar de l’électricité nucléaire, rend difficile cette réappropriation. Recourir à une centrale nucléaire alimentant un énorme territoire nous semble moins porteur de sens que d’avoir plein de centrales photovoltaïques, éoliennes ou hydroélectriques dispersées sur le territoire. A Enercoop, nous voulons favoriser une production d’énergie impliquant les citoyens et les collectivités à l’échelle des territoires, c’est pour cela que nous permettons à des acteurs qui ne seraient pas forcément des industriels ou des grosses entreprises d’investir dans ces outils de production. Une autre vocation est enfin pédagogique. Avec notre modèle, les clients peuvent plus facilement accéder aux producteurs qu’ils financent via leurs factures, les rencontrer, constater par eux-mêmes d’où vient l’énergie afin de prendre conscience de son coût de production, de son origine, etc. Cela peut ainsi les sensibiliser à réduire leur consommation d’électricité, à mieux la conscientiser. Pour preuve, en moyenne, chez Enercoop, nos clients consomment 30% de moins que la consommation moyenne française d’électricité.

Des dérives existent en matière de marketing. Comment se positionne Enercoop par rapport au greenwashing entourant l’électricité verte ?

Si vous regardez l’ensemble des offres d’électricité qui existent aujourd’hui en France à l’échelle nationale, plus de 70 % de ces offres sont dites vertes. Pour autant, on sait que le mix électrique français est encore à plus de 80% d’origine nucléaire, il y a donc une véritable contradiction. En fait, toutes ces offres d’électricité dites « vertes » sont basées sur un système d’achat d’électricité qui n’est pas réalisé en direct auprès de producteurs français, mais soit sur le marché de gros européen, soit auprès d’une centrale d’électricité nucléaire EDF. Or, les fournisseurs qui s’approvisionnent ainsi peuvent tout à fait vous vendre cette électricité comme étant d’origine renouvelable via un mécanisme européen : la garantie d’origine. Cette garantie fonctionne grâce à un système d’étiquettes. Imaginez que vous soyez un producteur d’énergie photovoltaïque, et que vous vendiez d’un côté votre production d’énergie solaire sur le marché de gros européen ou directement à un fournisseur d’électricité, et d’un autre côté vos garanties d’origine sur un autre marché spécifique. Vous obtiendrez alors des étiquettes actant que vous avez produit de l’énergie photovoltaïque, proportionnellement à la quantité d’électricité générée. Le problème, c’est que ces étiquettes vous pouvez les vendre à tout type de fournisseur. C’est comme si vous commercialisiez d’un côté vos tomates bio, et de l’autre vos étiquettes. Les fournisseurs vous achètent ensuite ces étiquettes pour les apposer sur des tomates qui ne sont pas bio, sur de l’énergie nucléaire, par exemple. Ce sont ces étiquettes qui permettent aux fournisseurs de déclarer qu’ils produisent de l’énergie verte alors qu’ils achètent en réalité de l’électricité d’origine nucléaire à EDF.

Le système que vous décrivez ne relève-t-il pas de la fraude ?

Non, il est parfaitement légal. Ces étiquettes ont été mises en place par l’UE qui voulait, par ce système d’obligation d’achat, apporter un soutien aux producteurs d’énergie renouvelable en Europe en leur constituant un complément de revenu, mais qui est vraiment faible, puisque les garanties d’origine ne coûtent quasiment rien : elles sont vendues à 1 ou 2 euros le mégawattheure. Enercoop ne souscrit pas du tout à ces systèmes-là, et achète uniquement les garanties d’origine allant de pair avec la production d’électricité renouvelable financée.

Qu’est-ce qui permet alors au modèle économique d’Enercoop d’être viable ?

Notre modèle d’approvisionnement, ainsi que le soutien que nous apportons à des projets citoyens ou socialement innovants font que nous proposons des prix en moyenne 15% plus élevés que le tarif réglementé d’EDF. Cela est aussi dû au fait que nous fonctionnons en coopérative d’intérêt collectif, inscrit dans un réseau de coopératives régionales, ce qui génère donc des coûts de fonctionnement plus élevés. Puisque nous ne reposons ni sur de gros investisseurs, ni sur des actionnaires, que nous ne sommes pas cotés en bourse et avons un modèle non spéculatif à lucrativité limitée, nous ne pouvons donc faire les mêmes campagnes de levées de fonds que nos concurrents. C’est donc en nous situant un peu au-dessus du prix du marché que nous rendons viable le modèle économique d’Enercoop. 

Pourquoi avoir choisi le statut de coopérative ?

Le statut de société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) était le plus intéressant pour plusieurs raisons : il permet d’être une entreprise commerciale, mais au-delà de ça il offre aussi la possibilité d’un multi-sociétariat, soit un capital ouvert à toutes et tous. Il fonctionne également sur un principe coopératif qui est qu’une personne est égale à une voix devant l’assemblée générale, indépendamment du nombre de parts qu’elle possède au capital. Avec ce statut, on peut avoir une activité commerciale commune, toucher des subventions, permettre aux collectivités locales d’entrer à la fois en capital et en conseil d’administration. Vous avez par exemple la ville de Bègles dont toutes les écoles publiques sont alimentées par Enercoop. Après avoir remporté ce marché public, la mairie a décidé de rentrer au capital de la SCIC, pour ensuite candidater au poste d’administrateur afin de représenter les collectivités au sein de notre structure. La mairie siège donc au conseil d’administration aux côtés de clients, de producteurs et de salariés de notre coopérative, ou encore de partenaires du monde de l’énergie ou de l’économie sociale et solidaire. 


Propos recueillis par Hildegard Leloué
Photo haut de page : Lycia Walter
Photo portrait : Frédéric Foulquier

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