fbpx

DESTINS : premier Laboratoire Commun français dédié à l’innovation sociale

par | 24 février 2020


DESTINS comme Dynamique des Entreprises, de la Société et des Territoires vers l’Innovation Sociale. Le 24 janvier, l’entreprise coopérative Ellyx, la Maison des Sciences de l’Homme et de la Société de l’Université de Poitiers et le CNRS ont inauguré le premier Laboratoire Commun français dédié à l’innovation sociale. L’enjeu : inventer et activer des leviers de transformation de la société pour répondre aux défis économiques, sociaux et environnementaux du 21ème siècle. Interview de Sébastien Palluault, responsable Recherche et Développement chez Ellyx et co-directeur du Lab Com DESTINS.


Que faut-il entendre par innovation sociale ?

L’innovation sociale, c’est la réponse à des besoins non satisfaits ou émergents dans la société, et le processus par lequel des acteurs socio-économiques travaillent à mettre en place des réponses à ces besoins. Les solutions peuvent prendre la forme d’une politique publique, d’un produit ou d’un nouveau service, un garage ou une épicerie solidaire par exemple, avec un modèle économique spécifique. L’innovation sociale peut concerner tous les champs d’activités à partir du moment où le problème est social ou sociétal : précarité, lien social, emploi, accès à la culture, à la santé, au logement… Même si elle s’inscrit en local, à l’échelle d’un quartier ou d’un village, l’innovation sociale n’invite pas à résoudre la problématique de quelques personnes, mais une problématique de société. C’est le cas par exemple quand une commune veut se placer dans une logique de transition environnementale et devenir 100% bio et durable du point de vue de l’alimentation, ce qui va donner lieu à l’installation de maraîchers, à la mise en place d’une restauration collective en bio, à un travail avec les circuits de distribution et les magasins locaux. La logique est très locale mais elle interroge des modèles plus globaux : comment changer les cadres d’action, les cadres politiques et juridiques qui vont permettre à des acteurs locaux de réellement pouvoir opérer cette transition ? Ceci est valable aussi pour la question des déchets, de l’énergie, des mécanismes de solidarité. Les acteurs locaux rencontrent souvent des difficultés dans la mise en place d’actions qui pourtant sont pertinentes.

Pourriez-vous donner des exemples concrets d’innovation sociale à l’échelle de notre territoire ?

Avec Ellyx, qui est donc une entreprise coopérative spécialisée dans la mise en oeuvre de projets innovants, nous participons à un programme qui s’appelle VitiREV. Il est mis en place par la Nouvelle-Aquitaine et vise à faire sortir la viticulture des pesticides dans la région. Il s’agit typiquement d’une logique de changement par rapport à ce qui s’opère aujourd’hui : il est question de changer de modèle de viticulture, et de faire en sorte que la transformation ne se fasse pas au détriment des viticulteurs mais avec eux, avec les collectivités territoriales et l’ensemble de la chaîne de la viticulture en France. On sait très bien que sortir des pesticides ne va pas se faire en un claquement de doigt, il faut trouver les mécanismes avec l’ensemble des acteurs pour faire en sorte que cela s’opère dans une logique de transition et de coopération. Autre exemple, nous accompagnons depuis plusieurs années ReSantez-Vous. C’est une entreprise qui intervient notamment dans les Ehpad auprès des personnes dépendantes. La démarche de ReSantez-Vous est de prendre soin des personnes âgées dans une logique non médicamenteuse, en leur faisant faire du sport, des activités physiques adaptées, ce qui a un impact fort sur leur espérance de vie. Comme c’est souvent le cas dans l’innovation sociale, la démarche est préventive, à rebours d’une société qui a plus tendance à prescrire des médicaments qu’à inviter d’abord les personnes à se soigner par elles-mêmes, par l’alimentation, l’activité physique etc.

Pourquoi Ellyx s’est elle associée à la Maison des Sciences de l’Homme et de la Société (MSHS) de l’Université de Poitiers pour créer ce Laboratoire Commun DESTINS ?

Des collaborations ont déjà existé auparavant entre nos deux structures, nous avions travaillé auprès de la MSHS sur la question du “comment transformer des recherches menées dans les laboratoires en innovations concrètes”. L’idée de ce Laboratoire Commun c’est de travailler sur des dynamiques d’innovation sociale qui soient très structurantes pour la société. En effet, ce n’est pas parce qu’il y a de nombreuses initiatives pertinentes et intéressantes que la société en elle-même a changé. L’enjeu est donc de passer de cette multitude d’initiatives à des dynamiques d’innovation qui modifient fondamentalement la manière de concevoir les problèmes et de les résoudre. Et pour cela il faut créer de la coopération entre les différents acteurs. Si on prend l’exemple de la mobilité en milieu rural, qui peut aboutir à la création d’un garage solidaire ou d’un dispositif facilitant l’accès au permis de conduire, il faut que la collectivité soit impliquée, mais aussi des garages, des associations. En France, nous manquons de cadres de conventions juridiques, de cadres pour financer tout le monde, de cadres d’inscription de politiques publiques. Le Lab Com DESTINS est là pour expérimenter des cadres de coopération qui vont porter sur des thématiques fortes afin d’aboutir à une diversité d’innovations.

Quels travaux vont être menés au Lab Com DESTINS, et par qui ?

Pour l’instant il y a les 14 salariés de la société coopérative Ellyx. Notre équipe est mobilisée, avec des profils de consultants en innovation sociale spécialisés en sciences politiques, économie, géographie, et en sciences sociales en général. A travers la MSHS nous nous associons à quatre laboratoires : Ruralités, laboratoire de géographie, le Cecoji, laboratoire de droit, le Crief, laboratoire d’économie et le Cerege, laboratoire de gestion. En tout cela représente une trentaine de personnes : salariés d’Ellyx, chercheurs, maîtres de conférence, doctorants et stagiaires mobilisés par l’université. Dans le champ de l’innovation sociale on ne peut pas travailler en laboratoire fermé, le terrain d’expérimentation c’est la vie de tous les jours. Nous allons donc mener un travail de recherche et développement en prise directe avec les besoins des acteurs de terrain : la recherche fondamentale pour interroger la mise en place de projets de coopération et d’innovation sur le territoire, et l’application par des réalisations concrètes. Dans la mesure où le laboratoire se trouve à Poitiers, le terrain d’étude cible essentiellement la Nouvelle-Aquitaine mais on s’inscrit dans une perspective nationale, avec l’envie de travailler sur des sujets qui se posent à tous : la transition écologique, les problématiques de mobilité, d’inégalités sociales sur les territoires etc. Au démarrage de DESTINS nous sommes deux structures, mais notre intention est d’ouvrir aux acteurs socio économiques, associations, collectivités, pour porter ensemble les idées et les solutions.


Propos recueillis par Hélène Bannier
Photo portrait : Annabelle Avril
Photos haut de page : Annabelle Avril, Bastien Guinard, Claire Marquis

Vous aimerez aussi

L’ESS, une économie d’avenir pour les jeunes ?

L’ESS, une économie d’avenir pour les jeunes ?

Avec plus de 220 000 établissements employeurs en France et 2,3 millions de salariés, le champ de l’économie sociale et solidaire est en croissance régulière et ouvre largement ses portes aux jeunes, d’autant plus que 700 000 départs à la retraites sont prévus dans...

lire plus
Municipales 2020 : “Réoxygéner notre démocratie”

Municipales 2020 : “Réoxygéner notre démocratie”

Participation citoyenne, fin de la politique-métier, transparence… le changement de culture démocratique viendra d'en bas et non d'en haut. Telle est la conviction de Christian Proust, Parthenaisien et auteur du Guide pratique pour oser s’impliquer dans la vie...

lire plus
Aller au contenu principal