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Les AMIS du cambouis, garage citoyen

par | 15 novembre 2019


L’entretien d’une voiture, ça peut coûter très cher et représenter un poste de dépenses démesuré dans des foyers modestes. A Saint-Maixent-l’Ecole dans les Deux-Sèvres, les AMIS du cambouis est un garage associatif et solidaire qui propose des tarifs adaptés aux petits revenus et aux minima sociaux, mais aussi un self-garage pour l’autoréparation et des ateliers d’initiation à la mécanique pour que chacun puisse gagner en autonomie. Essentiel en milieu rural où l’exigence de mobilité rend bien souvent la voiture incontournable.


Apprendre à faire par soi-même : autonomie et économies

Les ateliers d’initiation à la mécanique permettent de gagner en autonomie pour reprendre le contrôle technique et financier de son véhicule.

”N’ayez pas peur d’une batterie, vous pouvez mettre vos doigts dessus, vous n’aurez pas de coup de charge !” Tous les trimestres, Raymond Saint-Lary, le mécanicien des AMIS du cambouis à Saint-Maixent-l’Ecole, organise des ateliers d’initiation gratuits et ouverts à tous. Niveaux d’huile, vidange, pneus, freins, amortisseurs… les participants apprennent à faire eux-mêmes l’entretien de leur voiture et découvrent les fondamentaux de la mécanique. Une manière pour eux de mieux connaître le fonctionnement de leur véhicule, de gagner en autonomie et donc de ne plus courir chez le garagiste au moindre bruit suspect. Ces ateliers les aident ainsi à retrouver la maîtrise des dépenses liées aux réparations, souvent exorbitantes dans des garages traditionnels pour des personnes aux faibles revenus… Car c’est bien l’objectif de cette association d’intérêt général créée en 2016 : “aider tout le monde à rouler en sécurité, quels que soient ses moyens, sachant que nous sommes dans un territoire rural où la voiture est souvent incontournable pour la mobilité”, souligne Françoise Poncelet, présidente de l’association.

VIVANT LA RADIO / La mécanique, aussi une histoire de femmes

Les ateliers d’initiation sont surtout fréquentés par des femmes, “et tant mieux ! se réjouit Hélène Saint-Lary, la secrétaire de l’association qui est aussi la femme du mécanicien. Car on est toujours dans le stéréotype de la mécanique qui serait une affaire d’hommes, et des femmes qui seraient incapables de réparer une voiture.” Alimatou Touret a dépassé ces préjugés. Adhérente de l’association, elle participe aux ateliers afin d’apprendre les bases qui lui permettront d’entretenir elle-même sa voiture.

Self-garage et tarifs solidaires

L’association compte 250 adhérents actifs. “On ne peut guère en prendre plus car il n’y a qu’un mécano !”

Dans l’atelier de 400 m², on trouve deux ponts élévateurs : un pour le mécanicien professionnel, l’autre pour les adhérents de l’association suffisamment à l’aise pour effectuer eux-mêmes l’entretien ou les petites réparations sur leur voiture. Il peuvent le louer avec tout le matériel pour 12 euros de l’heure. C’est la partie “self-garage”. Et quand on ne se sent pas prêt à mettre les mains dans le cambouis, Raymond Saint-Lary est là pour effectuer les réparations. Car il s’agit bien avant tout d’un garage “pour monsieur et madame tout le monde“, mais qui a la particularité de proposer des tarifs adaptés aux revenus des personnes. “Quand on vient prendre son adhésion, on vient avec sa feuille d’impôts” explique Françoise Poncelet. Il existe trois tarifs horaire, un tout public, un pour les ménages non imposables et un pour les minima sociaux. Les personnes au RSA ou touchant des petites retraites, les salariés à temps partiel et les étudiants représentent la moitié des 250 personnes qui fréquentent activement ce garage atypique. Quand une personne adhère, “l’association lui offre un “contrôle avant travaux”. C’est une sorte de bilan de santé du véhicule qui permet de lister les réparations à réaliser et de voir ce qui est urgent et ce qui ne l’est pas, explique Raymond Saint-Lary. Cela permet aux gens de planifier leurs dépenses.“ Les AMIS du cambouis ne sont pas autorisés à vendre les pièces automobiles. “Les personnes s’approvisionnent de leur côté, sinon on a un partenariat avec l’entreprise Genève Occasion à Niort qui fournit des pièces neuves et d’occasion, avec une remise pour les adhérents.Cette approche solidaire de la mécanique, à contre-courant de ce qui se pratique dans les garages traditionnels, attire bien au-delà de la Communauté de Communes de Saint-Maixent-l’Ecole. Certains adhérents viennent de Poitiers, Thouars, Parthenay, Fontenay-le Comte, La Rochelle… Certes il existe d’autres garages proposant des tarifs solidaires ou du self-garage en Charente-Maritime et dans les Deux-Sèvres, mais aucun avec un si large éventail d’activités au sein d’une même structure.

Echange juniors contre seniors

AMIS comme Association de Mécanique Impliquée Solidairement

Avant de créer Les AMIS du cambouis il y a trois ans, Raymond Saint-Lary était mécanicien dans un garage classique. “Toute la semaine il travaillait et tous les week-ends les copains venaient le voir pour qu’il regarde à leurs voitures ! se souvient sa femme. Il en avait ras-le-bol du système commercial et de ses dérives… plus le dépannage des amis les fins de semaine. A 40 ans, on s’est dit que c’est le moment pour lui de monter sa propre structure. En faisant des recherches j’ai découvert le principe des garages associatifs et je me suis dit que cela pouvait convenir à l’état d’esprit de Raymond. L’idée c’était d’avoir un petit local, de payer un salaire et de créer quelque chose de convivial.” Leur projet est rapidement devenu réalité et les AMIS du cambouis ont noué depuis de nombreux partenariats. Avec le Centre Intercommunal d’Action Sociale de la Communauté de Communes Val-de-Sèvre par exemple, qui subventionne l’association dans le cadre d’un appel à projets départemental sur la mobilité : “C’est pour cela que les ateliers d’initiation à l’entretien et à la mécanique de base sont gratuits et ouverts aux non-adhérents.” Le garage a aussi créé un partenariat original avec une auto-école de Saint-Maixent : quand des personnes suivent un stage intensif de code de trois jours, elles viennent passer deux heures à l’atelier pour apprendre à changer une roue, vérifier la batterie, les niveaux et la pression des pneus, démarrer avec des pinces croco. “En échange, on envoie nos seniors passer une heure à l’auto-école pour une réactualisation du code de la route, suivie de 10 minutes d’analyse de conduite”, détaille Hélène de Saint-Lary. Un échange gagnant-gagnant.


Rédaction : Hélène Bannier
Photo : Annabelle Avril

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