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Future Accorderie à Poitiers : quand le temps remplace l’argent

par | 24 mars 2021


Lutter contre les exclusions et contre la pauvreté grâce aux échanges de services entre habitants, sans valeur marchande, voilà le principe des Accorderies. On en compte 37 en France. Une nouvelle va voir le jour à Poitiers Ouest, quartier prioritaire de la politique de la ville. Les travaux du local et la demande d’agrément sont en cours. Interview de Sylvie Fournioux, secrétaire de l’association porteuse du projet.


Comment est né le projet d’Accorderie de Poitiers ?

Le projet est né en 2017 au sein du conseil citoyen du quartier de Bel Air, où le constat était fait qu’il y avait beaucoup de pauvreté, et que les habitants avaient besoin de créer du lien entre eux. Le conseil citoyen a chargé son animateur, Abdou Salim Aouad, de rechercher et proposer des types d’actions qui pourraient répondre à ces enjeux. Il a alors découvert le réseau national des Accorderies. Ce sont des associations qui permettent l’échange de savoirs et de compétences, sans liens d’argent et sans attente particulière. Abdou s’est dit que cela pouvait répondre aux besoins identifiés dans le quartier. Il a intégré l’idée parmi les propositions faites au conseil citoyen et c’est celle-ci qui a été retenue. A partir de là on a pris contact avec des Accorderies en France, visité celles de Surgères et de Limoges, pour valider le fait qu’on voulait bien partir sur ce projet. Depuis nous informons les habitants, et nous réhabilitons un local avec l’appui d’un collectif d’architectes nantais qui s’appelle En Cours. Avec l’emploi d’un salarié, le local est un incontournable pour obtenir l’agrément.

Les valeurs des Accorderies
“Une Accorderie œuvre dans le monde de l’économie sociale et solidaire, en proposant un système économique alternatif reposant sur la création d’une nouvelle forme de richesse. Une richesse collective et solidaire qui s’appuie essentiellement sur le potentiel des membres de toute la communauté. Une communauté, où trop souvent, les citoyens les plus pauvres sont jugés non productifs, car occupant un emploi mal rémunéré et étant exclus de la spirale de la surconsommation.”
Source : https://www.accorderie.fr/

Concrètement, comment fonctionne une Accorderie ?

Le principe est celui de la “banque de temps” : quand on rend un service, que ce soit de l’aide administrative, du jardinage, du bricolage ou autre, on estime le temps qu’on va y consacrer. Par exemple, si je vais aider quelqu’un à tondre sa pelouse pendant une heure, l’Accorderie va m’accréditer une heure de temps. Mais ce n’est pas forcément la personne que j’ai aidée qui va ensuite me rendre un service quand j’en aurai besoin. Il n’y a pas de système de réciprocité. Le salarié est justement là pour faciliter les relations entre les Accordeurs, animer ce groupe et proposer des actions. Tous les services ont la même valeur, que ce soit une heure de tonte de pelouse, une heure de garde d’enfants, une heure pour accompagner une personne âgée dans une promenade etc. C’est l’intérêt de ce type de projet dans un quartier prioritaire de la ville. Quelle que soit la situation personnelle, professionnelle d’une personne, tous les services se valent. Et cela contribue à effacer les inégalités sociales.

Combien d’habitants se sont montrés intéressés ?

Actuellement ce sont environ 80 personnes qui souhaitent continuer de s’engager une fois que l’Accorderie sera vraiment créée. Notre objectif est d’atteindre entre 200 et 250 Accordeurs d’ici trois ans. Certaines Accorderies comptent plus de 400 membres réguliers. Il faut quant à nous que nous trouvions notre rythme, et que notre association fasse son chemin dans le monde associatif à Poitiers, qui est très important. D’autant plus que nous avons vocation à dépasser le quartier. L’idée est née ici, à Bel Air, parce qu’il y avait un besoin identifié, mais le but est d’aller au-delà. Des membres d’associations dans les quartiers des Couronneries, de Beaulieu, de Saint-Eloi se sont rapprochés de nous car notre projet les intéresse. Ce ne sera pas l’Accorderie de Bel Air uniquement, on atteindrait trop vite une taille critique. Nous devons nous ouvrir plus largement.


Propos recueillis par Oscar Ferrer
Photos : Oscar Ferrer

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