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Inventorier le vivant pour mieux le protéger, simple comme ABC

par | 18 octobre 2022

Sortie nature ABC Lathus

Élaborer un Atlas de la Biodiversité Communale (ABC) avec les habitant.es, c’est l’action menée par les communes de Saulgé et Lathus-Saint-Rémy (86), en liaison avec le CPIE Val-de-Gartempe. L’objectif : mobiliser la population pour identifier et inventorier la faune et la flore du territoire, dans une démarche de science participative. À terme, le but est d’améliorer la prise en compte des enjeux de la biodiversité dans les politiques communales et intercommunales. Reportage à l’occasion d’une sortie nature sur le thème des plantes sauvages.


« La pulmonaire est une plante qui date du Moyen- Age,” révèle Charlynn Leroux, aide animatrice au CPIE Val-de-Gartempe, en désignant leurs corolles mauves de l’index. « Elle était associée à ce qu’on appelle la théorie des signatures. Autrement dit, comme elle ressemble à un poumon, on pensait qu’elle soignait les maux respiratoires, une fois préparée en infusion. » Aux abords de l’étang de la Trie de Lathus, une poignée de participant·es s’est réunie pour découvrir les subtilités des plantes sauvages présentes sur leur territoire. Dans un climat d’amusement, ils et elles sont chargé·es de les identifier à partir d’une série d’indices, pour découvrir ensuite leurs vertus ou dangers éventuels.

Identification de la pulmonaire, près de l’étang de la Trie de Lathus

Des sorties pour comprendre et recenser le vivant

« En tant que soignante, je suis très intéressée par toutes les médecines alternatives, et j’avais envie d’améliorer mes connaissances sur les plantes sauvages, » relate Maëve Hebrat, habitante de Lathus, avec roulé dans sa paume un papier coloré l’incitant à dénicher une « plante à feuille longue et embrassante« . Ce jeu de piste fait partie intégrante de l’Atlas de la Biodiversité Communale (ABC) impulsé par les communes de Lathus et Saulgé. Une partie de cette démarche consiste en effet à multiplier les sorties éducatives « en alternance entre les deux communes, pour inventorier ce qui est présent sur le territoire, mais aussi ce qui est en danger. » A ce titre, plusieurs sorties à la découverte des chauves-souris, des amphibiens, des hirondelles et des pollinisateurs ont déjà été effectuées. « Nous avons des participants vraiment motivés, surtout pour les sorties amphibiens, qui restent méconnus même des amoureux de nature et de randonnée » détaille Charlynn Leroux. Protéger ces populations est d’autant plus fondamental qu’elles sont menacées par la dégradation de la qualité de l’eau et de leur milieu de vie. « Il en va de même pour les oiseaux, dont la présence décline dans le bocage à cause de la hausse de la pollution » continue l’aide-animatrice.

Charlynn Leroux, aide animatrice au CPIE Val-de-Gartempe. Des cartes représentent des plantes sauvages mises en scènes dans différents contextes. Le jeu sert de prétexte à expliquer les règles fondamentales de la cueillette

Une démarche de science participative

Ce sont les « veillées d’automne » qui ont servi de « porte d’entrée à cette démarche en permettant de mobiliser les citoyens intéressés » précise Marie Toulisse, aide-animatrice environnement du CPIE Val-de-Gartempe. Ces soirées ont donné lieu à un échange d’idées autour du concept de biodiversité, puis à l’élaboration d’une carte recensant les points d’intérêt de leur commune, les zones humides, les lieux d’observation d’oiseaux, les ruches, etc… Les « veilleurs de biodiversité » sont ainsi « des citoyens curieux, intéressés et souhaitant s’engager, synthétise Marie Toulisse. Ils découvrent des protocoles de science participative de suivi d’espèces emblématiques. » Ensuite, ils et elles valorisent le patrimoine naturel du territoire via des actions de comptage, d’observation et d’identification. Ces opérations nourrissent la création d’un inventaire des différentes espèces animales et végétales, destiné à intégrer l’atlas final. Une connaissance qui a vocation à être diffusée au plus grand nombre.

« Il s’agit aussi de sensibiliser les agriculteurs« 

Mobiliser les citoyen·nes pour veiller sur la biodiversité n’est que l’un des quatre axes du projet d’ABC. « En plus du grand public, il s’agit aussi de sensibiliser les agriculteurs via des diagnostics réalisés avec l’appui du CPIE » explique Frédérique Métivier Lopez, adjointe à l’environnement et à l’aménagement du territoire de la commune de Lathus. « Une dizaine de fermes-échantillons sont mobilisées. Elles sont les supports d’un diagnostic paysager, faunistique et floristique » complète Marie Toulisse. L’occasion de créer des temps d’échange pour faire évoluer les pratiques de gestion des agriculteur·ices.


En passant par une démarche d’inventaire des espèces du territoire, l’ABC veut favoriser la sensibilisation de tous les publics à l’environnement.

Des actions scolaires et périscolaires sont également prévues, pour « sensibiliser à la biodiversité en découvrant les différents milieux, en faisant des sorties terrain et en s’initiant à la détermination des espèces » ajoute la chargée environnement du CPIE. Du maraudage sur le site protégé du Roc d’Enfer complète ce volet à destination du public scolaire. De même, un projet de création d’un conservatoire vise à redonner vie à l’ancienne école de Saint Rémy, « en faire un lieu de transmission de savoirs accueillant une exposition sur le bocage, des salles de formation des agriculteurs et une partie gîte, » ajoute Frédérique Métivier Lopez.

Une visée politique

En plus de sensibiliser les habitant·es à la biodiversité, l’ABC entend alerter les élu·es et le secteur socio-économique du territoire. Le postulat est simple : mieux connaître la biodiversité et identifier ses enjeux spécifiques devrait faire augmenter le niveau de connaissance sur le sujet. Cette sensibilisation devrait ensuite permettre de faciliter la prise en compte de la biodiversité dans les politiques communales ou intercommunales. Pour accompagner cette démarche, l’ABC met en place « une aide à la décision intégrant des sessions de partage-appropriation des diagnostics, des ateliers projet et des sessions de formation des agents municipaux » énumère Marie Toulisse.

L’ABC est un projet de long cours : initié en septembre 2021, il prendra fin en septembre 2023. À noter qu’il s’étend sur un territoire géographique plus large que Lathus-Saint-Rémy et Saulgé. Le CPIE Val-de-Gartempe anime en effet plusieurs démarches d’ABC et projets similaires dans le territoire du Sud Vienne, comme à Montmorillon. À l’échelle de la France, plus de 2400 communes mènent ce type d’action. De quoi décliner tout un alphabet de solutions en faveur de la biodiversité.

Pour aller plus loin

Interview de Bruno Puydupin, maire de Saulgé. Il revient sur l’implication de sa commune dans le projet ABC.


Rédaction et photos : Hildegard Leloué

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