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Territoires Zéro Chômeur de Longue Durée : quand Mauléon inspire

par | 21 février 2019


La communauté de communes de Mauléon dans les Deux-Sèvres fait partie depuis deux ans des dix territoires pilotes en France sélectionnés pour l’expérimentation Territoires Zéro Chômeur de Longue Durée. L’ expérience est concluante et elle inspire désormais d’autres territoires dans le nord de la Nouvelle-Aquitaine, du côté de Marennes et de Saint-Jean d’Angély en Charente-Maritime, de Châtellerault et de Poitiers dans la Vienne. Ils se mobilisent pour faire partie des 50 prochains volontaires à bénéficier du dispositif à partir de 2020.


Un dispositif sur mesure pour sortir de l’engrenage du chômage

L’ESIAM c’est un atelier bois, un atelier couture et un large panel de services

Soixante-dix personnes travaillent actuellement au sein de l’Entreprise Solidaire d’Initiatives et d’Actions Mauléonnaises (ESIAM) dans les Deux-Sèvres. Il s’agit d’une Entreprise à But d’Emploi (EBE), créée dans le cadre de l’expérimentation Territoires Zéro Chômeur de Longue Durée. Un projet porté par la Maison de l’Emploi du Bocage Bressuirais et des élus qui ont su mobiliser les acteurs locaux pour mener à bien cette initiative. En deux ans, elle a permis à quasiment toutes les personnes touchées par le chômage de longue durée et résidant depuis au moins six mois dans la communauté de communes, de (re)trouver une activité professionnelle en CDI, au SMIC. “L’utopie est devenue réalité, et aujourd’hui on a redonné beaucoup d’espoir, souligne Pierre-Yves Marolleau, maire de Mauléon et président du comité local qui accompagne l’expérimentation. C’est une belle expérience humaine.” Il n’y a aucun critère de sélection pour travailler dans une EBE, l’objectif est bien de trouver un emploi à tout le monde, partant du principe qu’il y a du travail pour tous et que personne n’est inemployable. Mauléon a même la particularité parmi les 10 territoires pilotes sélectionnés en France de salarier 35% de personnes ayant le statut de travailleur handicapé. “On trouve toujours un poste qui va correspondre, même en cas d’incapacité physique importante, explique Claire, référente de l’ESIAM Services. Pour vous donner un exemple, une personne ayant un handicap très marqué est aujourd’hui le chauffeur de nos salariés, un poste stratégique quand on sait qu’un des freins à l’emploi pour beaucoup est la mobilité”. L’entreprise s’est créée puis développée en prenant en compte les profils, capacités, formations, situations personnelles de chacun. Les personnes embauchées sont même libres de choisir leur temps de travail. Des conditions très souples pour permettre aux habitants durablement éloignés de l’emploi de (re)mettre le pied dans le monde du travail, et pour certains de sortir de l’exclusion sociale. Autre grand principe des EBE : elles ne doivent pas entrer en concurrence avec les entreprises locales, mais venir en complémentarité. L’ESIAM a par exemple créé une activité de laverie car il y avait un réel besoin dans ce domaine avec la forte fréquentation des gîtes des environs liée à la proximité du Puy du Fou. L’ESIAM met également du personnel à disposition des entreprises locales qui ont ponctuellement besoin de main d’œuvre supplémentaire, ou des ADMR et des écoles pour des remplacements. L’EBE a également créé des activités de tri de vêtements pour une recyclerie, d’entretien des espaces verts et des routes communales, de couture, de travail du bois…

Orienter les prestations sociales vers la création d’emplois

Pour financer ces postes, l’Etat a débloqué un fonds de 18 000 euros par emploi à temps plein, une somme correspondant au coût des prestations sociales lié à la privation d’emploi, réorientée pour créer de l’activité professionnelle. “Ce transfert financier est une opération blanche pour la collectivité, explique Bernard Arru, directeur de l’association nationale Territoires Zéro Chômeur de Longue Durée. Les entreprises à but d’emploi sont un outil pour sortir du chômage structurel qu’on connaît depuis 30 ans, et qui coûte à la société.”

Marie, jeune mère célibataire mauléonaise de 3 enfants, se présente comme “une enfant du pays”. Elle travaille à temps plein à l’ESIAM depuis 6 mois, essentiellement en renfort à l’épicerie de Saint-Aubin et au dépôt de pain de Loublande, dans la communauté de communes de Mauléon. Selon les besoins elle peut aussi aider à l’école, à l’atelier bois ou aux espaces verts. “Ici je rencontre des personnes cassées par la vie, la maladie, qui ne pourraient pas travailler s’il n’y avait pas l’ESIAM et qui pourtant seraient insérables, la preuve. Moi je ne partais de rien, je n’avais pas de formation, et on m’a donné ma chance.”

Vivant la Radio, témoignages.

A l’atelier menuiserie, rencontre avec Sarah, Maxime et Giovanni sur leur poste de travail.

Marennes, Saint Jean d’Angély, Naintré et Poitiers dans les pas de Mauléon

A l’heure où le dispositif Territoires Zéro Chômeur de Longue Durée s’apprête à s’ouvrir à 50 nouveaux territoires en France, Mauléon fait figure d’exemple. “On n’a jamais autant parlé de Mauléon que ces trois dernières années !” sourit le maire de la commune Pierre-Yves Marolleau. Ce dernier, tout comme le directeur de l’ESIAM, Thierry Pain, ne ménage pas sa peine pour témoigner de l’expérience mauléonaise dans les territoires qui depuis plusieurs mois construisent un projet similaire avec en ligne de mire l’extension du dispositif (celle-ci devrait avoir lieu courant 2020. Une proposition de loi pour le déploiement de l’expérimentation doit être déposée en mai 2019, pour être votée plus tard dans l’année). En Charente-Maritime, des acteurs locaux se mobilisent dans le bassin de Marennes et à Saint Jean d’Angély, dans la Vienne, ça se passe du côté de Naintré et à Poitiers. Tous ont déjà visité l’ESIAM, et parfois même invité l’équipe de Mauléon à venir partager leur histoire à l’occasion de réunions publiques.

Pierre-Yves Marolleau, Maire de Mauléon et « ambassadeur » du dispositif

On y va car c’est important de témoigner de notre expérience, précise Pierre-Yves Marolleau, mais on dit surtout que ce qui se passe à Mauléon ne peut pas se dupliquer car chaque territoire a ses caractéristiques, il faut s’adapter !” François Manuel, président de l’association Mod’emplois en Pays Royannais, Presqu’île d’Arvert et Bassin de Marennes, confirme qu’il ne faut pas chercher à calquer l’expérience deux-sévrienne, “mais on garde un état d’esprit, une capacité d’imagination, de curiosité, une créativité et une logique économique.” Mod’emplois travaille sur le projet spécifiquement dans le Bassin de Marennes, avec les élus et agents territoriaux du service de développement économique de la communauté de communes. “Le club d’entreprises de Marennes-Oléron est également partant.” Ce territoire compte environ 1400 chômeurs, dont la moitié de longue durée. Les entretiens individuels ont déjà commencé, dans la commune du Gua. François Manuel estime qu’une potentielle Entreprise à But d’Emploi pourrait créer 200 emplois. Gardant le principe de non-concurrence propre au dispositif Territoires Zéro Chômeur de Longue Durée, l’association commence déjà à imaginer les “travaux utiles” que pourrait proposer l’EBE : “L’emploi saisonnier est très prégnant, dans l’hôtellerie, mais aussi dans l’ostréiculture où seulement la moitié des 700 postes est pourvue. On peut aussi imaginer des travaux d’espaces communaux dans des municipalités comme Bourcefranc qui ne peuvent pas les assurer car elles n’en ont pas les moyens…ça représente déjà des milliers d’heures de travail possibles”. Prochaine étape, le vote de la délibération en mars en Conseil Communautaire. Il dira si la communauté de communes du Bassin de Marennes se positionne officiellement comme territoire volontaire. Ce vote est indispensable car seule une collectivité peut porter le projet. Du côté de Saint Jean d’Angély aussi on attend le vote de la délibération de la communauté de communes Vals de Saintonge, prévu le 12 mars. Sur ce territoire c’est Entreprendre en Saintonge, Pôle Territorial de Développement Economique (PTCE), qui travaille sur le projet depuis deux ans. “On est prêts, raconte Gabriel Helicourt, président du PTCE. Vals de Saintonge ce sont 111 communes, avec un taux de chômage entre 15 et 20%”. Les chiffres ne sont cependant pas un critère de sélection, à Mauléon par exemple le chômage est bas, en-dessous de 6%. Si la communauté de communes a été retenue comme territoire pilote en 2016, “c’est parce qu’il y avait une réelle volonté de toutes les parties prenantes du territoire explique Pierre-Yves Marolleau, et parce que notre dossier était solide, on y travaillait depuis 2013”.

18 mois pour construire le projet et déposer sa candidature

Les EBE se développent selon les besoins du territoire et le profil des chômeurs

Dans la Vienne aussi certains territoires s’activent pour bénéficier du dispositif Territoires Zéro Chômeur de Longue Durée. A côté de Châtellerault, cinq communes se sont réunies pour porter le projet : Naintré, Cenon-sur-Vienne, Thuré, Colombiers et Scorbé-Clairvaux. “Il y a une cohérence territoriale, ce sont des communes qui ont l’habitude de travailler ensemble, explique Delphine Plaud, embauchée comme chargée de mission pour piloter la phase de préfiguration. C’est un bassin de 15 000 habitants qui compte 480 chômeurs de plus d’un an selon les chiffres de Pôle Emploi. Certains sont à temps partiel, d’autres durablement privés d’emploi.” Une réunion publique à Naintré a lancé officiellement le projet le 7 février 2019, en présence de Pierre-Yves Marolleau. Des réunions collectives avec les personnes privées durablement d’emploi ont été organisées par la suite dans chaque commune. “On se donne jusqu’à avril pour que l’ensemble des demandeurs d’emploi soient informées et reçus, et pour identifier leurs compétences.” Dans ce bassin de vie du nord de la Vienne le soutien politique ne fait aucun doute puisque l’intention d’être territoire volontaire émane des communes elles-mêmes. La lutte contre le chômage de longue durée était une promesse de campagne de la maire de Naintré, Christine Piaulet. A Poitiers la démarche est tout autre : ce sont trois quartiers de la ville qui se sont mobilisés : les Trois-Cités, Poitiers Ouest et Poitiers Sud. Le Comité des Alternatives Poitevines pour l’Emploi et l’Entraide (CAPEE) pilote le projet. Cette association compte 35 structures adhérentes, dont des Structures d’Insertion par l’Activité Économique comme Pourquoi Pas la Ruche et l’ESAT 86. Jean-François Herault, directeur du CAPEE, voit dans la démarche Territoires Zéro Chômeur de Longue Durée “une alternative pour diversifier l’offre d’insertion sur le territoire.” Par l’intermédiaire des maisons de quartiers le CAPEE a déjà commencé à informer et mobiliser les demandeurs d’emploi. Elle a aussi présenté le projet aux élus. “Nous souhaiterions une mobilisation au-delà de Poitiers, à l’échelle de l’agglomération, avec des communes comme Saint-Sauvant et Chauvigny. Si on veut un territoire solidaire, la démarche Territoires Zéro Chômeur de Longue Durée peut être un bon exemple pour mailler en même temps le rural et l’urbain.” Qui de Poitiers et Grand Poitiers acceptera de porter le projet ? Réponse dans les prochaines semaines. Si la délibération est votée en mars, à partir d’avril commencera l’étude de préfiguration permettant de repérer l’ensemble des chômeurs volontaires, de connaître leurs compétences, d’identifier les activités professionnelles utiles pour le territoire, quantifier les moyens matériels pour la création d’une EBE. Si le vote au conseil communautaire ou au conseil municipal n’intervient qu’en juin ou juillet, cette étude débutera alors en septembre. L’ensemble des territoires souhaitant intégrer la deuxième vague d’expérimentation se donnent 18 mois pour construire le projet et déposer leur candidature.


Rédaction : Hélène Bannier
Photo : Annabelle Avril

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