Au collège de Latillé, deux ans de « Portable en pause »

par | 30 juin 2026


Le collège Arthur Rimbaud à Latillé (86) fait partie des premiers établissements à avoir mis le dispositif Pause numérique (devenu Portable en pause) dès le lancement de l’expérimentation à la rentrée 2024. Bilan après deux ans.


Quand les élèves arrivent au collège de Latillé le matin, un nouveau réflexe s’est instauré ces deux dernières années : glisser leur téléphone portable dans une pochette et verrouiller celle-ci grâce à un système de boîtier aimanté installé sur la grille du local à vélos. Puis la laisser dans son sac de cours, en sommeil, pour la journée. Cet établissement du Haut-Poitou, dans la Vienne, fait partie des pionniers de Portable en pause.

Portable en pause et meilleure concentration

L’Éducation nationale a lancé ce dispositif en 2024 auprès de 32 000 élèves, avant de le généraliser à la rentrée 2025 pour tous les collèges. L’objectif était de trouver une réponse à ce constat : « Des usages inappropriés et une utilisation prolongée des écrans peuvent avoir des effets néfastes, particulièrement chez les plus jeunes, sur leur santé, leur concentration, le développement de leur esprit critique ou encore leur socialisation, » selon le ministère.
Louane, élève de 3e, confirme que la mise en place de Portable en pause « aide à la concentration, car on n’a pas la tentation de regarder son téléphone pendant les cours. » Elle confie que ses parents sont contents aussi, car « ça peut permettre d’éviter des débordements. » Evan, en 4e, est plus « mitigé. » Selon lui ça ne change pas grand chose, et « le soir on peut oublier de déverrouiller sa pochette, et là c’est un peu chiant !« 

Cyrille Savary, principal du collège Arthur Rimbaud à Latillé, présente le boîtier qui sert à verrouiller et déverrouiller la pochette aimantée dans laquelle les élèves rangent leur portable en journée.

« Redonner aux élèves le pouvoir de mettre à distance les écrans »

Cyrille Savary, principal du collège Arthur Rimbaud, a pour sa part vu d’un bon œil le lancement de l’expérimentation à la rentrée 2024.

Je suis très favorable aux écrans, mais je me rends compte depuis quelques années que les élèves décrochent. Il y a de plus en plus de décrochage scolaire et huit fois sur dix c’est en raison d’une addiction au téléphone, aux écrans et aux contenus. À un moment donné il faut retrouver un équilibre. Et cela ne se fait pas sans apprentissage et sans accompagnement. Ce dispositif redonne aux élèves le pouvoir de mettre à distance les écrans.
Cyrille Savary, principal du collège Arthur Rimbaud à Latillé

La démarche de l’établissement a été d’inclure les élèves dans la mise en place de Portable en pause, pour que cela ne soit pas perçu comme une obligation ou une interdiction. Un groupe de travail a exploré pendant deux mois les différentes procédures possibles : « Est-ce qu’on allait s’équiper de casiers ? D’un coffre-fort ? se souvient Cyrille Savary. Est-ce qu’on devait mobiliser les assistants d’éducation ? C’est là qu’on a découvert qu’il existait des pochettes, et ce qui nous plaisait c’est que cela rendait les élèves autonomes, responsables. » Après avoir échangé avec différentes entreprises, le comité de pilotage a fait le choix de pochettes en tissu recyclé, achetées par les familles.

Le comité de pilotage aurait pu choisir un système de casiers ou un coffre-fort. Il a préféré les pochettes, glissées dans les sacs, « pour rendre les élèves autonomes et responsables »

Un bilan positif à nuancer

À la vie scolaire, on est satisfait de ce dispositif qui a un effet positif sur le climat scolaire. Selon Estelle, assistante d’éducation, les élèves se sont bien accommodé·es, c’est plutôt bien apprécié, « ça permet que le téléphone garde son utilité à l’extérieur du collège et ça peut éviter d’apporter des problèmes au sein de l’établissement.« 
Un bilan qu’aurait tendance à nuancer Cyrille Savary. Selon lui, Portable en pause a bien fonctionné la première année, mais beaucoup moins la deuxième. « La première année, les élèves étaient intégrés dans le projet, ils pilotaient avec nous. Or ces élèves sont partis et on a vu que cette année la communication passait moins bien, on était plus dans le contrôle. » Avec le recul, le principal du collège pense que la solution aurait été de recréer un comité de pilotage avec de nouveaux élèves, pour qu’ils puissent donner leur avis et à leur tour s’approprier le sujet. « Pour que le smartphone ne reprenne pas le pouvoir sur les jeunes. »


Un reportage réalisé par Nolan, Lucas et Lénaïs, élèves de 5è au collège de Latillé, accompagné·es par Hélène Bannier, journaliste.

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