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Plaxtil : quand le textile devient plastique

par | 29 avril 2019

plast'ile textile plastique


Concevoir des plastiques à base de vieux tissus, dans une logique d’économie circulaire et dans le but de désengorger les circuits saturés de vêtements de deuxième main, voilà le défi qu’a décidé de relever l’association d’insertion Audacie à Châtellerault. Pour cela elle s’est associée à l’industrie de plasturgie CDA Développement, également située à Châtellerault, et à Futuramat, une entreprise de production de plastiques biosourcés localisée à une vingtaine de kilomètres dans la commune de Dissay. Ensemble elles comptent développer cette filière économique innovante. Le projet s’appelle Plaxtil.


Un constat : la surconsommation de vêtements

plast'ile chatellerault 86

Que deviennent les vêtements que nous jetons dans les containers et bornes de collecte de textile ? Une partie arrive entre les mains de salariés d’associations de réinsertion comme Audacie à Châtellerault. Ici on reçoit 216 tonnes de vêtements en un an, raconte la directrice Gwenaëlle Manon. Comparé à d’autres nous sommes une petite structure. Trente deux personnes travaillent au chantier textile.” La “crème” des vêtements triés est revendue dans la boutique de l’association, les t-shirts et draps abîmés peuvent être valorisés en chiffons pour répondre aux besoins des entreprises du bassin industriel de Châtellerault. Les pièces textiles de deuxième choix sont quant à elles exportées dans des pays en développement, notamment en Afrique. “Le problème c’est que nous sommes en surstock. Et c’est le cas de toutes les structures de tri. Pour donner un ordre d’idée, ce sont 600 000 tonnes de vêtements et chaussures qui sont achetés en France chaque année. Le marché est saturé et les pays en développement ne veulent plus de nos poubelles. On est à la fin d’un système. A un moment ça va coincer et on a voulu anticiper.”

Nos montagnes de vêtements : avec Vivant la radio, visite du chantier textile d’Audacie

Gwenaëlle Manon et Charlotte Wallet, coordinatrice du pôle textile, se sont donc mis à rechercher de nouveaux débouchés pour les vêtements de deuxième choix, avec une éthique environnementale et une intention de valorisation locale. “Nous sommes tombées sur des expérimentations de création de plastique avec du textile, continue Charlotte Wallet. Nous avons vu que cela faisait plus de 20 ans que l’ADEME avait identifié ce genre de débouché, mais que la recherche était au point mort car le délissage posait problème. Or nous, le délissage, autrement dit le fait d’enlever aux tissus les coutures et les accessoires, c’est quelque chose qu’on fait déjà pour un client. Donc on s’est dit qu’on pouvait le faire”. La fabrication de raquettes de ping pong avec du plastique conçu à partir de textile existe déjà. Mais avec un seul type de matière, le polyester. Il n’était pas question pour Audacie de s’embarquer dans une démarche de ce type. “Nous voulions éviter le surtri et trouver le moyen de créer un plastique sans avoir à séparer les différents types de textile.”

La création d’un écosystème pour l’innovation

Jean-Marc Neveu, dirigeant de CDA Développement

Dans un premier temps, en 2017, Audacie s’est tournée vers Grand Châtellerault et la Chambre de Commerce et d’Industrie de la Vienne. La CCI a orienté l’équipe vers le Pôle Eco-industries, qui vient désormais en appui dans la coordination du projet et qui a mis l’association en relation avec CDA Développement, une industrie de plasturgie située elle-même à Châtellerault… à deux rues des locaux d’Audacie. Futuramat, entreprise à Dissay spécialisée dans la conception de plastiques biosourcés (Plus d’infos sur Vivant la radio), a également été sollicitée quand l’association recherchait des compétences dans la formulation de matières plastiques nouvelles. “Pour nous c’était un nouveau défi, explique Sandra Martin, fondatrice de Futuramat. Et qu’un acteur de proximité, qui plus est dans l’insertion, soit à l’origine de ce genre de projet, forcément ça interpelle.” De son côté, le dirigeant de CDA Développement, Jean-Marc Neveu, a répondu favorablement “car il y a une vraie problématique dans l’échelle de valeurs : certes les vêtements sont triés, mais 40% ne sont pas valorisés. On s’est dit qu’on allait tester ce qui était possible, et monter un projet où on allait étudier les caractéristiques physico-plastiques, le coût environnemental et énergétique, le process et la mécanique.”

Un matériau hybride et éco-conçu

plast'ile plastique à base de textile

Les premiers tests de plastiques chargés en fibre textile ont été réalisés par Futuramat en additionnant du plastique biosourcé. Peu concluant. CDA Développement a à son tour réalisé des essais, “avec trois types de plastique : l’ABS, le PEHD et le polypropylène, et avec des charges de 30, 40 et 50% de textile”, explique Thibaut Descomps, chef de projet Plaxtil dans l’entreprise de plasturgie. Des résultats probants ont été atteints avec une charge en textile de 40% mélangé avec du polypropylène et du polyéthylène. “Une deuxième phase de tests va être réalisée à Bordeaux à l’ENSAM, pour aller plus loin, chercher les retranchements dans la chimie et les dosages, et évaluer les coûts de production.” La difficulté reste encore la volatilité de la matière. En effet avant d’être additionné au plastique, le tissu est broyé finement, ce qui ne facilite pas l’écoulement dans les trémies de la machine. Futuramat continue les recherches sur la densification du broyat de tissu.

Développer une nouvelle filière économique

Le plastique chargé en fibre textile pourra servir à fabriquer des boîtes à becs ou des cintres

Alors quels débouchés pour ce plastique hybride ? Le modèle économique n’est pas de vendre de la matière mais des produits finis. CDA développement prototype des bacs de rangement pour les vis, ce qui a du sens dans un secteur industriel comme Châtellerault. “Nous designons des bacs éco-conçus, précise Thibaut Descomps. Ils peuvent s’emboîter, ce qui fait que pour les transporter on n’a pas besoin d’un camion mais d’un carton.” L’équipe travaille aussi à la création de cintres, cohérent pour une association de réinsertion dont une partie de l’activité consiste à vendre des vêtements de deuxième main. La résistance mécanique de ce plastique innovant? Pour Jean-Marc Neveu la question ne se pose pas. “Comme tous les plastiques il est cassable, mais contrairement aux autres il est remplaçable à vie.” Les porteurs du projet Plaxtil imaginent déjà un système où l’on viendrait rapporter ses cintres et bacs de vis cassés, et cette matière première serait rebroyée pour créer de nouveaux produits.


VIVANT LA RADIO / Zoom sur Futuramat et la conception de plastiques biosourcés.


Rédaction : Hélène Bannier
Photo : Annabelle Avril

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