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Ovive, la seconde vie des coquilles d’huîtres

par | 3 janvier 2019

ovive


Depuis 30 ans, l’entreprise Ovive allie démarche industrielle et développement durable. Elle collecte sur la côte atlantique des milliers de tonnes de coquilles d’huîtres pour les traiter, les broyer et les inscrire dans des filières économiques, notamment la nutrition animale, afin de donner une seconde vie à cette matière première aux nombreuses vertus. Une entreprise pionnière de l’économie circulaire et unique en France, installée à côté de La Rochelle à Périgny (17).


Pionniers de l’économie circulaire

L’entreprise Ovive développe son activité à Périgny, à côté de La Rochelle, depuis 30 ans. « Au début on nous prenait pour des marginaux ! confie la cofondatrice Pascale Dardant. Maintenant on nous demande de venir témoigner »

Tous les ans l’entreprise Ovive récupère 6000 m3 de coquilles d’huîtres et autres coquillages sur le littoral atlantique, de Brest au Bassin d’Arcachon, pour leur donner une seconde vie. Si les particuliers peuvent venir déposer les restes d’un bon dîner iodé, les coquilles proviennent principalement d’exploitations ostréicoles, “car en trois ans d’élevage d’une huître il peut y avoir beaucoup de perte” explique Jean-Luc Saunier, codirigeant d’Ovive. Depuis cinq ans on travaille aussi avec des gestionnaires de déchetteries, encouragés à élargir leur champ de tri. C’est militant, on participe à l’économie circulaire en évitant que ces déchets ne partent à l’incinérateur.” Lorsqu’ils ont créé leur industrie de transformation de matière première d’origine marine en 1988, le concept d’économie circulaire et l’impératif de valorisation des déchets n’existaient pas. « Il y a trente ans on était considérés comme des ferrailleurs ! se souvient Jean-Luc Saunier. On nous disait : « Quoi, tu vas te faire de l’argent avec nos coquilles ? On ne te les donne pas !” Ce qu’on faisait n’avait pas d’équivalent.” Depuis les mentalités ont changé. Selon Jean-Luc Saunier le moment de bascule a eu lieu il y a une dizaine d’année, avec l’émergence d’une nouvelle génération et la prise de conscience de la nécessité de trier les déchets. “Je ne sais pas si ça suffira mais ça va dans le bon sens.”

La seconde vie des coquilles d’huîtres

valorisation coquille huitre
Nutrition animale, amendement agricole, parapharmacie, décoration paysagère… les coquilles d’origine marine sont valorisées dans de nombreuses filières.

Dans l’usine de traitement, les coquilles d’huîtres sont séchées, concassées et broyées à différents calibres selon des procédés innovants que Jean-Luc Saunier a développés, pour être ensuite revendues dans des filières spécifiques. Ovive commercialise 2200 tonnes de produits coquilliers chaque année. Premier débouché, la nutrition animale qui représente 95% de l’activité de l’entreprise. Les volatiles et notamment les poules pondeuses y trouvent un apport riche en calcium. Pour le reste, les coquilles broyées sont vendues comme amendement agricole pour des maraîchers et viticulteurs bio, comme complément pour la cosmétique et la parapharmacie, comme paillage ou pour la décoration paysagère. La coquille d’huître est aussi utilisée pour la filtration de l’eau dans des viviers de poissons et crustacés, et pour la filtration de l’air : “On travaille depuis 15 ans sur des systèmes de biofiltration pour neutraliser les mauvaises odeurs et certains gaz dans des stations d’épuration. C’est un des pôles qu’on veut développer, il a un fort potentiel avec la multiplication des unités de méthanisation.” Autre perspective pour l’entreprise ces prochaines années, l’aide au développement d’autres produits d’économie circulaire. “On est capable de servir de station d’essai pour d’autres types de fabrication. On a par exemple aidé l’association Echo Mer, on lui broie les bouchons en liège qu’elle récupère et qui lui servent ensuite d’isolant pour des maisons. On a aussi travaillé avec une entreprise du bordelais sur le traitement de la coquille d’œuf pour faire de la pulvérisation dans les vignes. On sèche les coquilles, on les broie et on les conditionne.” Ovive souhaite être labellisée “Recherche et Innovation”.

Ovive et la Responsabilité Sociétale des Entreprises

Pascale Dardant, cofondatrice d’Ovive

Cet automne Ovive a été élue meilleure entreprise 2018 pour la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) dans son département, c’était à l’occasion du concours Stars & Métiers organisé par la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de Charente-Maritime et la Banque Populaire Centre Atlantique. La RSE c’est dans nos gènes, explique Pascale Dardant, cofondatrice d’Ovive. Quand on a créé l’entreprise c’était pour mettre en pratique nos idées sur les questions environnementales, mais aussi sociales. On avait anticipé les RTT et la mutuelle avant que ce soit une obligation !L’entreprise emploie aujourd’hui 15 salariés. L’accent est mis sur l’insertion. “Beaucoup d’entre eux ont d’abord été en intérim d’insertion car ils avaient des difficultés d’adaptation au travail, continue Pascale Dardant. On est attentifs à la montée en compétence en interne des salariés, et les plus motivés peuvent devenir actionnaires. On peut aussi accompagner ceux qui ont des difficultés financières, par des prêts d’entreprise par exemple.” Autre aspect pour lequel Ovive s’illustre en terme de RSE : l’égalité homme-femme. A poste égal, salaire égal (évidemment). Les dirigeants veillent également à ne pas céder au recrutement “genré”, partant du principe qu’une femme peut faire un travail physique et qu’un homme peut faire un travail de bureau. “Au départ je pouvais entendre des réflexions du genre : ”j’aime pas travailler avec des femmes”. Mais ça évolue” raconte Pascale Dardant. Tout ça est parfois compliqué mais on défend des valeurs.”

Vivant la radio : interview

La Responsabilité Sociétale des Entreprises implique un développement économique prenant en compte l’humain, mais aussi l’environnement. Au-delà de son activité de valorisation des déchets coquilliers, l’attention portée à l’écologie dans l’activité de l’entreprise est permanente. Ovive fait d’ailleurs partie des membres de la première heure de Biotop, un éco-réseau de 120 entreprises de l’agglomération de La Rochelle, pour l’économie circulaire et plus globalement l’écologie industrielle. Interview de Jean-Luc Saunier sur les activités de Biotop, et notamment sur le projet collaboratif Melting Pot.


Rédaction : Hélène Bannier
Photo : Annabelle Avril

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