La communauté d’Emmaüs de Thouars, dans les Deux-Sèvres, s’apprête à recevoir ses premiers touristes. La proximité de la Vélo Francette et de sentiers de randonnées a fait germer l’idée de rénover une vieille caravane pour lancer cette activité. Le tourisme comme nouvelle compétence pour des communautés de plus en plus soumises à la concurrence.
Loin des images poussiéreuses de brocantes encombrées de bric-à-brac, les 2000 m² de locaux de la communauté Emmaüs de Thouars sont flambant neufs, lumineux et bien ordonnés. On y retrouve les traditionnels rayons de livres, vêtements, meubles, bibelots et électroménager de seconde main. Entre les étals, trône une caravane aménagée en buvette. Mels, tout sourire, y propose quelques rafraîchissements. À travers la baie vitrée on aperçoit une autre caravane tout juste rénovée à l’occasion d’un atelier de recyculture à la Colporteuse. Elle s’apprête à accueillir ses premiers touristes. Compagnon ici depuis quatre ans, Mels voit d’un bon œil le développement de la nouvelle activité. Peut-être que certains viendront dormir juste une nuit pour faire une halte le long de la Vélo Francette qui relie Caen à la Rochelle. « Mais si des gens veulent rester quelques jours et sont intéressés, ils pourront visiter la communauté, manger avec nous, même nous aider ! »

Chez Emmaüs, de nouvelles compétences à développer
Ce nouveau projet est à la fois original et dans la continuité de l’esprit Emmaüs. « Ici on accueille des compagnons, des bénévoles, des donateurs, des repris de justice, des clients… pourquoi pas des touristes ? s’amuse Olivier Brochard, responsable de la communauté Emmaüs de Thouars Parthenay depuis 18 ans. On s’est dit que c’était une belle opportunité à la fois pour dépoussiérer l’image que les gens ont des Emmaüs et pour proposer aux compagnons de développer de nouvelles compétences, transposables en dehors de la communauté ».
Dans l’arrière-boutique, Hawa et Aïcha sont partantes. Affairée à trier des montagnes de vêtements, l’une évoque son espoir de pouvoir un jour apprendre à monter à bicyclette. L’autre répond en riant qu’elle a trop peur de tomber pour se lancer dans l’aventure. Nino quant à elle a hâte de recevoir ce nouveau public. Ce qu’elle préfère aujourd’hui, c’est quand la communauté sort sa caravane (encore une) sur les festivals alentours. « J’aime bien servir le café, les crêpes, c’est mon confort, j’aime le contact et j’apprends à parler mieux français. »
Notre secteur d’activité est de plus en plus concurrentiel, il faut que l’on reste attractif et que l’on développe de nouvelles propositions pour faire vivre la communauté. Elle compte aujourd’hui 27 personnes dont 2 enfants.
Olivier Brochard, responsable de la communauté Emmaüs de Thouars Parthenay
Partager un moment au sein d’une communauté solidaire
L’accueil ici est inconditionnel. Pas besoin de papiers, et 80% des personnes aujourd’hui sont exilées. « Elles arrivent, cherchent un toit à un moment difficile de leur vie et posent leur sacs. Elles savent qu’elles peuvent rester le temps qu’elles le souhaitent », raconte Olivier Brochard. Les personnes accueillies deviennent compagnes ou compagnons d’Emmaüs, un statut déclaré. Elles sont toutes logées sur place dans l’un des onze petits habitats aménagés pour recevoir des familles ou des collocations. Les compagnes et compagnons s’engagent à participer à l’activité du lieu et aux temps de repas collectifs du midi. Ils et elles perçoivent en retour une allocation d’appartenance. Chacun·e opère ensuite selon ses capacités. Le responsable ne fait pas de planning, la communauté s’autogère pour faire tourner l’activité.
Les décisions aussi sont prises ensemble. Comme pour la mise en œuvre du projet de construction de ce nouveau site idéalement situé le long de la route de Saumur, inauguré en octobre 2024 après sept années de réflexions et de travaux. « On a travaillé un maximum avec des matériaux en réemploi ce qui nous a valu le coup de cœur du jury des bâtiments circulaire fin 2025 » précise Olivier Brochard.

Une offre d’hébergements touristiques vouée à grandir
Juste à côté de la première caravane pour touristes, un premier bloc sanitaire est opérationnel et un second « tout low tech » est en projet. Car d’autres emplacements sont prévus pour accueillir des tentes, d’autres caravanes et pourquoi pas un vieux bus dans lequel seraient aménagées des alcôves, comme dans un refuge. La communauté ne manque pas d’idées pour accueillir les cyclotouristes, les randonneur·euses ou autres curieux·euses. Et pour animer les soirées, Mels est partant pour faire découvrir sa spécialité : le barbecue à l’Arménienne – de la viande et des légumes grillés dans les flammes. De quoi changer le regard sur la vie en communauté Emmaüs.
Rédaction : Marie Gazeau
Photos : Clément Braud

