Dans l’île de Ré, la première ferme-école aquaécologique de France

par | 21 juillet 2026

le paysan marin dans la ferme aquacole d'ars en ré

Produire des huîtres, rien que des huîtres ? Hors de question pour l’association Le Paysan Marin, qui soutient un modèle aquacole « multitrophique » bien plus diversifié. Pour démocratiser et favoriser le développement de ces fermes marines régénératives, trois ingénieurs lancent la première ferme-école aquaécologique de France dans l’île de Ré.


Le calme absolu règne dans ce paysage de marais, où une flopée de hérons pataugent dans un bassin ostréicole. Une montagne de projets fourmille pourtant derrière la quiétude apparente de ces huit hectares situés à Ars-en-Ré (Charente-Maritime). Au cœur de cette exploitation de l’île de Ré rachetée à un ostréiculteur, « la première ferme-école aquaécologique de France » est en cours de création.

Dans l’île de Ré, former à une aquaculture régénérative

Tristan Macquet, Benjamin Denjean et Thomas Miard, trois anciens ingénieurs « engagés pour une aquaculture qui régénère le vivant » ont fondé la ferme des Pieds mouillés. Créée en partenariat avec la CIAP (Coopérative d’installation en agriculture paysanne) Champs du partage, elle fonctionne sur le principe d’un espace-test agricole – généralement utilisé en maraîchage. Il s’agit ici de « former et d’accompagner des professionnels à un modèle aquacole innovant », expose Tristan Macquet, co-fondateur du Paysan Marin avec Benjamin Denjean. Cette association, oléronaise avant de devenir rétaise, a pour slogan « régénérer nos mers, cultiver l’avenir ». Elle est à l’origine de ce projet qui doit accueillir les premiers apprenant·es début 2027.

Les principes de l’agro-écologie sont appliqués aux spécificités du littoral. Nous sommes loin du modèle intensif dominant de l’aquaculture où la quasi-totalité travaillent uniquement des huîtres. Nous voulons créer une boîte à outils, un tiers-lieu où des professionnels vont apprendre en faisant.
Benjamin Denjean, co-fondateur du Paysan marin.

des hérons dans un bassin ostréicole de la ferme aquacole d'ars en ré
Dans les marais d’Ars-en-Ré, l’association Le Paysan Marin a fondé la ferme des Pieds Mouillé, un  site pilote de 8 hectares pour former à l’aquaécologie.

« Recréer une chaîne alimentaire »

Ce fameux modèle s’appelle aquaculture multitrophique intégrée (AMTI) en claires connectées. « Au lieu de produire une seule espèce, il s’agit de recréer une chaîne alimentaire où les déchets des uns deviennent l’alimentation des autres », synthétise Thomas Miard, aquaculteur dans l’île de Ré, qui l’a mis en application dans sa ferme des 4 Marais, à Loix-en-Ré. Sur une petite surface d’un hectare certifiée en agriculture biologique, ce système est à l’œuvre depuis 2018. Concrètement, le circuit d’eau est divisé en trois bassins. Dans le premier, des crevettes endémiques génèrent des nutriments nourrissant le phytoplancton qui va lui-même alimenter les huîtres et palourdes présentes dans le second bassin. Enfin dans le dernier réceptacle, l’eau épurée bénéficie à la croissance des algues (laitue de mer ou autre).

« Cette production aquacole diversifiée en marais fonctionne », certifie Tristan Macquet. Son acolyte Thomas Miard affirme aujourd’hui vivre de son métier et souligne l’immense avantage d’avoir plusieurs cordes à son arc en travaillant avec différentes espèces locales. « Si j’ai des pathologies sur l’une, et cela peut arriver, je peux rebondir sur l’autre (…) J’exploite 100% mon marais tout en étant respectueux », se satisfait le professionnel. Au sein de cette ferme-école qui accueillera deux à trois porteurs de projets, le trio va « prototyper ce modèle qui pourrait devenir une action économique pérenne, une véritable mutation », ambitionnent-ils.

De gauche à droite : Thomas Miard, aquaculteur dans l’île de Ré, Tristan Macquet, Ingénieur et agréé en cultures marines, et Benjamin Denjean, ingénieur environnemental, dans les marais de la ferme aquacole d'ars en ré
De gauche à droite : Thomas Miard, aquaculteur dans l’île de Ré, Tristan Macquet, Ingénieur et agréé en cultures marines, et Benjamin Denjean, ingénieur environnemental

Répondre à un secteur en crise

Un espace dédié à la recherche collaborative est également inclus dans le projet, en lien avec les différents partenaires : INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement), CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), l’Institut Agro, l’Ifremer, Respect Ocean, etc. Car Le Paysan Marin envisage plus globalement de répondre à un secteur « en crise ».

Aquaculteur est une profession fragile. Les ostréiculteurs réalisent 75 à 80% de leur chiffre d’affaires entre Noël et Nouvel an, les huîtres sont régulièrement touchées par des contaminations. Il y a un enjeu sur la qualité de l’eau. Il y a énormément de faillites. Le secteur est conscient que les modèles s’épuisent mais ne sait pas forcément quoi faire.
Tristan Macquet, co-fondateur du Paysan marin

« Notre approche permet de s’adapter à l’écosystème local. Nous voulons aussi faire le lien entre ceux qui produisent et les chercheurs, avec pour but de diffuser un maximum notre façon de faire », met en évidence Benjamin Denjean. Reste maintenant à démocratiser l’AMTI et faire connaître la ferme des Pieds mouillés. « Tout le monde a une notion de comment pousse une plante mais peu savent comment se développe une huître », image l’ingénieur, conscient que cette thématique n’est pas la plus simple à aborder pour le grand public. Une campagne de financement participatif est en cours pour les aider à « garnir le site, acquérir un utilitaire et développer de nouveaux outils de transformation pour les algues ». Enfin Le Paysan Marin souhaite organiser des Assises de l’aquaécologie à La Rochelle, le 25 septembre. Le lieu est encore à définir, à suivre.


Rédaction et photos : Amélia Blanchot

Vous aimerez aussi

Partagez cet article en un clic

Vous êtes sensible à notre ligne éditoriale ? 

Soutenez un média indépendant qui propose en accès libre tous ses articles et podcasts. Si nous avons fait le choix de la gratuité, c’est pour permettre au plus grand nombre d’avoir accès à des contenus d’information sur la transition écologique et sociale, défi majeur de notre époque. Nous avons par ailleurs décidé de ne pas avoir recours à la publicité sur notre site, pour défendre un journalisme à l’écoute de la société et non des annonceurs. 

Cependant, produire des contenus d’information de qualité a un coût, essentiellement pour payer les journalistes et photographes qui réalisent les reportages. Et nous tenons à les rémunérer correctement, afin de faire vivre au sein de notre média les valeurs que nous prônons dans nos articles. 

Alors votre contribution en tant que lecteur est essentielle, qu’elle soit petite ou grande, régulière ou ponctuelle. Elle nous permettra de continuer à proposer chaque semaine des reportages qui replacent l’humain et la planète au cœur des priorités. 

Abonnez-vous gratuitement à notre lettre d’information

pour recevoir une fois par mois les actualités de la transition écologique et sociale

Verified by MonsterInsights