Installé en Charente, Pascal Dumas fait partie des rares artisans à fabriquer des sextoys en bois. Une démarche singulière, qui mêle découverte sexuelle et préservation de l’environnement. Rencontre.
Dans la commune de Fléac, à côté d’Angoulême, l’atelier de Pascal Dumas ressemble peu ou prou à celui de n’importe quel ébéniste. De larges plans de travail ici, des chutes de bois là. Et pourtant. Dans son antre, celui qui travaille le bois depuis une trentaine d’années conçoit non pas des armoires ou des tables, mais des sextoys en bois avec son entreprise Idée du désir, créée en 2014. « Avant, je fabriquais des meubles, rembobine le Charentais. Mais quand Ikea, Ixina [enseigne belge de cuisines équipées, NDLR] et consorts se sont mis à envahir le marché, j’ai vite compris que j’allais me casser la figure et qu’il fallait que je trouve autre chose. »
En quelques clics, l’ébéniste découvre qu’à quelques exceptions près – comme l’entreprise Bobtoys, qui commercialise des sextoys en bois des Vosges – l’offre est peu diversifiée pour qui veut acquérir des jouets sexuels en bois. « Mon comptable m’a dit “ça peut être une belle opportunité, foncez !” », rit-il. Surtout, le professionnel se plaît à l’idée de relever un défi singulier : fabriquer des sextoys qui allient plaisir, esthétisme et écologie à l’heure où l’empreinte écologique des jouets sexuels reste très peu discutée.
Au début, j’ai fait des essais. J’ai notamment suivi les conseils du sexologue Daniel Habold, qui m’a aiguillé car ça peut paraître évident, mais un sextoy droit, ça ne fonctionne pas ! Il faut suivre des courbes précises.
Pascal Dumas, fondateur d’Idée du désir

Sextoy et impact environnemental réduit
Progressivement, l’ébéniste gagne en expertise et aujourd’hui, son entreprise Idée du désir propose une cinquantaine de sextoys, parmi lesquels des sextoys vaginaux, anaux ou encore des strap-on, à utiliser seul ou à plusieurs. « Je fais aussi des sextoys sur-mesure et des sextoys thérapeutiques pour le vaginisme ou la rééducation du périnée par exemple », continue Pascal Dumas, qui tient à insister sur les atouts du bois par rapport à un jouet classique en silicone. « Le bois se réchauffe beaucoup plus vite, dit-il, et c’est aussi beaucoup plus esthétique. Mes jouets, vous pouvez les poser sur votre étagère comme objets de décoration quand ils ne sont pas utilisés ! », rit le quinquagénaire.
Surtout, d’un point de vue environnemental, le choix d’un sextoy en bois est loin d’être anodin. Alors qu’un quart des Français utilise des sextoys, d’après un sondage commandé par la marque de jouets sexuels Lelo, 70% viennent de Chine et sont fabriqués avec des matériaux issus de la pétrochimie. « À l’inverse, mes jouets n’ont quasiment aucun impact », avance le professionnel. De fait, les bois – du merisier, de l’érable ou encore du noyer – proviennent principalement d’une scierie locale. Ils sont ensuite acheminés en circuit court jusqu’à la menuiserie de Pascal Dumas, où ils sont confectionnés à la main. « La seule matière synthétique, c’est la fine couche de vernis que je mets sur le jouet pour le protéger », détaille l’artisan. Un vernis hypoallergénique sans solvant ni perturbateur endocrinien. Et d’ajouter : « Sans compter que si le jouet nécessite une retouche, je m’en charge et ça repart. Un sextoy en bois, ça peut durer toute une vie. »

Un sujet qui reste tabou
Suivant l’essence du bois, choisie pour sa texture ou sa résistance, les sextoys d’Idée du désir vont de 60 à 200 euros. Ils sont ensuite vendus sur place ou en ligne. Un budget qui n’a rien d’excessif comparativement aux sextoys dits classiques et qui, de surcroît, participe à rétribuer justement un travail d’artisan. « Ici, vous ne trouverez aucune grosse machine », sourit l’ébéniste. Un travail d’orfèvre qui a trouvé son public puisqu’en dix ans, 11 000 « orchidées » ont, entre autres, été vendues. « C’est notre best-seller », dit-il, à l’évocation de ce sextoy vaginal dédié à la stimulation du point G.
Malgré l’engouement croissant autour des sextoys écolo – également commercialisés, entre autres, par l’entreprise normande Rejouis qui propose des sextoys reconditionnés ou encore des marques de sextoys classiques qui proposent des jouets « éco-vibe » – le Charentais reste prudent. « Il y a encore beaucoup de tabous autour de l’utilisation des sextoys », regrette-t-il. Le sujet fait d’ailleurs débat jusque dans son entourage où une partie « trouve que c’est génial », l’autre que « c’est plutôt dégueulasse ». Pas de quoi décourager l’ébéniste, bien décidé à continuer de sculpter des orchidées.
Rédaction : Cécile Massin
Photos : Noémie Pinganaud

