fbpx

Emmabüs, un bus itinérant pour accéder aux droits

par | 2 septembre 2021


Confrontées à des problématiques de mobilité, certaines personnes isolées rencontrent des difficultés d’accès aux services, pouvant aller jusqu’à ne pas prétendre à leurs droits élémentaires. Une réalité accentuée par la disparition des services publics en milieu rural, la fracture numérique et la mauvaise couverture internet de certains territoires. Face à ce constat, Emmaüs Ruffec a créé un dispositif itinérant baptisé Emmabüs, labellisé Espace France Services, afin de les accompagner dans leurs démarches. A la tête de ce bus, qui assure des permanences dans huit villages du Pays Ruffecois : Pascal Bonnefoy. Il détaille ce dispositif opérationnel depuis le 5 juillet.


Qu’est-ce qui a poussé Emmaüs Ruffec à créer Emmabüs ?

Cette action s’inscrit dans un engagement de longue date d’Emmaüs Ruffec sur la question de la mobilité en milieu rural. Au fil des années, nous avons enrichi nos services et actions pour répondre aux problématiques récurrentes de déplacement des personnes sans emploi ou en situation de pauvreté. Cela a notamment pris la forme dès 2009 de la mise à disposition de véhicules deux roues pour encourager l’insertion professionnelle. Aujourd’hui cette offre s’est largement enrichie. Emmaüs Ruffec propose 12 scooters et 6 voitures et, en septembre, elle sera complétée par 10 véhicules électriques sans permis. Ce service s’est ensuite accompagné en 2017 par la mise en place de conseillers en mobilité insertion. Ils se déplacent sur tout le territoire du nord Charente et accompagnent les bénéficiaires dans leurs démarches, pour l’achat d’un véhicule par exemple, ils les renseignent sur les offres possibles de transports ou sur les opportunités de financements du permis de conduire, dans un souci de continuité et de cohérence avec leur projet socio-professionnel. Pour compléter le dispositif, la même année l’association a ouvert sa première auto-école solidaire à Confolens et Ruffec. Une troisième va voir le jour à Aigre en septembre.
Avec Emmabüs, nous sommes toujours dans cette réponse à la problématique de mobilité qui s’est accentuée avec la disparition des services publics dans les villages. Les publics les plus fragilisés, isolés et non mobiles ont de plus en plus de mal à effectuer leurs démarches. A cela s’ajoute la dimension de fracture numérique liée à la dématérialisation de ces démarches. A Ruffec et à Mansle, il existe deux entités identifiées comme Maison France Services, dans lesquelles on retrouve le dispositif Espace France Services initié par le Gouvernement afin de rapprocher le service public des usagers, et dont le rôle est d’accompagner les habitants qui en ont besoin. Mais pour certains, l’éloignement géographique de ces sites rend leur accès difficile. Avec Emmabüs, nous avons donc opté pour la mobilité inversée en allant au-devant des personnes. C’est d’ailleurs le premier espace France Services itinérant de Charente.

Comment a pris corps ce projet et qui est partenaire ?

Entre l’idée, née en 2019, et sa concrétisation, nous avons réalisé une enquête auprès de 300 ménages des zones les plus isolées des deux pôles de services de Mansle et Ruffec, afin d’identifier et calibrer les besoins des habitants. Certains chiffres sont particulièrement parlants : 14,2% des personnes ne disposent pas de véhicules ; 71 % ne connaissent pas les Maisons France Services, 32% n’ont pas internet chez eux et 43 % sont dans l’incapacité d’effectuer les démarches administratives dématérialisées. A cela s’ajoute le fait que les communes visées ne proposent pas une connexion haut débit performante. Les besoins étaient donc bien réels. Emmabüs, financé par l’Etat, L’Europe, la Région, les collectivités territoriales, la CAF ou encore SNCF Fondation, couvre les services des partenaires nationaux : La Poste, Pôle emploi, Caisse Nationale des Allocations Familiales, Agence nationale de l’habitat, Agence national des titres sécurisés, Assurance retraite, ministères de l’Intérieur et de la Justice, Direction Générale des Finances Publiques…

Concrètement, comment fonctionne Emmabüs ?

Nous l’avons appelé Emmabüs mais il s’agit en fait d’une remorque. Dans son espace de 5 mètres sur 2, on retrouve trois postes informatiques, avec scanner, téléphone et imprimante, en libre accès, et un quatrième dans un box fermé pour plus de confidentialité si nous devons notamment mener des entretiens. Le service, gratuit et ouvert à tous, s’appuie sur une mise à disposition de matériel pour ceux qui sont autonomes et par un accompagnement dans la réalisation des démarches. Afin de pouvoir répondre à l’ensemble des questions, les cinq personnes dont moi, susceptibles de se relayer sur ce service, ont suivi une formation au Centre National de la Fonction Publique Territoriale (CNFPT) à l’utilisation des sites et outils de chaque opérateur. A partir de septembre un conseiller numérique sera également présent au sein de l’Emmabüs pour apporter des notions de base aux personnes ayant du mal avec l’outil informatique et ainsi les aider à devenir autonomes dans leurs démarches en ligne. A côté de ces services propres aux Espaces France Services, nous souhaitons élargir le spectre sur des sujets qui tiennent à cœur à Emmaüs. Notamment autour de la santé avec à terme la présence d’une infirmière, dans le cadre d’un partenariat avec la Permanence d’Accès aux soins de santé (PASS) départementale par exemple, mais aussi autour de l’emploi avec Pôle Emploi ou encore du droit des femmes avec le Centre d’information sur les droits des femmes.

Cette présence sur le terrain va-t-elle permettre à des personnes de prétendre à des droits auxquels elles seraient éloignées ?

Tout à fait, il faut savoir qu’aujourd’hui en milieu rural, 30 % de la population n’a pas accès aux droits fondamentaux en matière de santé, de droits sociaux comme le RSA par exemple. Ces personnes sont ce qu’on appelle des invisibles. Non pas qu’elles en sont exclues mais elles n’y ont pas recours par méconnaissance des aides possibles et/ou du fait de la complexité des démarches. Emmabüs, par sa visibilité, va, je pense et j’espère, contribuer à ce que certains sortent de l’ombre.

Quelles communes sont concernées et quel est le rythme de la présence d’Emmabüs ?

Depuis le 5 juillet, Emmabüs est présent du lundi au jeudi dans les communes volontaires qui apportent une contribution financière à ce service : La Forêt-de-Tessé, Saint-Fraigne, Tusson, Charmé, Verdille, Nanteuil-en-Vallée, Saint-Amant-de-Boixe et Valence. Cela prend la forme de permanences de 3h dans chacune des communes une semaine sur deux. Le vendredi est, quant à lui, réservé aux autres villages qui souhaiteraient découvrir le dispositif.

Est-ce une action qui va s’inscrire dans la durée ?

Tout à fait, la labélisation France Espace Services s’étale sur au moins un an et étant donné l’énergie, les moyens mis en œuvre pour concrétiser ce projet, il est évident que cette action va perdurer. Mais il est encore un peu trop tôt pour parler de son évolution dans le temps. Pour le moment nous prenons nos marques et nous avons encore un gros travail pour nous faire connaître auprès de notre public cible.


Propos recueillis par Philippe Quintard
Photo : Noémie Pinganaud

Vous aimerez aussi

Aller au contenu principal