Après deux ans et demi de travaux, à Poitiers la Caserne connaît ses derniers jours de chantier et s’apprête à se convertir en tiers-lieu à vocation écologique, sociale et solidaire. Sur 4800 m², elle va rassembler des bureaux, des ateliers, une auberge de jeunesse, des hébergements d’urgence et un bar-restaurant. Un chantier exemplaire en termes d’économie de ressources, avec une place centrale donnée au réemploi. Photoreportage.

L’ensemble immobilier a abrité le centre d’incendie et de secours pendant 50 ans, jusqu’à son déménagement en 2020. La ville de Poitiers, qui en est propriétaire, a lancé une phase d’urbanisme transitoire et de réflexion sur le devenir du lieu en 2021 et 2022. Un projet mené avec les acteurs locaux de l’économie sociale et solidaire (ESS) pour construire un lieu hybride dédié à l’incubation et au développement de structures de l’ESS et de l’écologie, mais aussi à l’animation du quartier. L’association La Caserne est alors créée. Le chantier a démarré en septembre 2024 et c’est l’Agence Duclos Architectes qui assure la réhabilitation, avec la Ville à la maîtrise d’ouvrage.

Brice Kester, architecte de l’Agence Duclos, travaille avec Agathe Bely, architecte de l’agence La Mécanique des Ruines, spécialisée en réemploi. Le projet a été médaille d’argent de la démarche BDNA (Bâtiment durable Nouvelle-Aquitaine) pour l’usage de matériaux biosourcés, la renaturation des sols et des façades, l’intégration de la biodiversité, l’usage du réemploi à grande échelle et l’inclusion forte des futur·es utilisateur·ices que sont l’association La Caserne et la fédération des Auberges de jeunesse. Il a également reçu le Prix Valobat du Chantier exemplaire en réemploi en 2025.
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Le choix a été fait de garder la destination d’origine des espaces : les anciens logements des pompiers restent des logements (6 hébergements à vocation sociale et 164 lits pour l’auberge de jeunesse), les bureaux aussi gardent leur vocation. 12 structures sont actuellement en train de s’y installer. La remise, où étaient garés les véhicules de secours, accueille désormais 1000m² d’ateliers pour des acteurs de filières écologiques et créatives. L’isolation a été renforcée par l’extérieur, avec de la paille hachée soufflée (une technique développée par l’entreprise locale Ielo), et un coffrage bois.
Le réemploi au cœur du projet de transformation


Stockés dans le gymnase voisin prêté par la communauté urbaine de Grand Poitiers, les matériaux réutilisables issus de la dépose soignée des bâtiments de l’ancienne caserne ont été identifiés en amont, répertoriés et rangés par lots (menuiseries intérieures, lettrages, planchers, sanitaires, électricité, ventilation, luminaires…). 90 références ont ainsi été réemployées, soit 87 tonnes in situ. Si l’on prend en compte la valorisation de matériaux issus d’autres chantiers, ce sont au total 180 références et 400 tonnes qui ont été sauvées des bennes. Soit 260 tonnes de CO2 évités.


Lieu central, la rotonde distribue la circulation sur tous les espaces du lieu. La banque d’accueil a été réalisée en bois de récupération. Les modules géométriques sont issus des anciens escaliers en hêtre.
Economie circulaire et biodiversité

Sur la façade, les supports en métal prévus pour faire grimper les plantations sont issus des déchets de l’entreprise Gyrax (86) : il s’agit des squelettes de découpe de pièces pour matériel agricole.


Des gabions ont été réalisés avec des matériaux issus du chantier de déconstruction. Ils pourront servir de refuge à la biodiversité, tout comme les nichoirs creusés directement dans les façades.


350 m² de surface au sol ont été désimperméabilisés. Première en France, 1000 traverses de béton monobloc de la SNCF ont été posées : leur forme d’origine laisse passer l’eau de pluie. Elles sont également carrossables, et démontables. Ces traverses, que la SNCF doit renouveler tous les 10 ans sur les voies, sont habituellement considérées comme des déchets et concassées.


L’ancienne salle de bal des pompiers est devenue une grande salle de réunion, avec le même plancher, remis à neuf. Les dalles de plafond sont issues du réemploi, comme les éléments de sécurité obligatoires signalant les issues de secours. Les gardes-corps de la mezzanine de l’espace restauration-agora ont été réalisés à partir des clôtures de l’ancienne caserne.
Economies d’eau


Le chantier est aussi exemplaire au niveau de la gestion de l’eau. L’usage de la dépose soignée et du réemploi a permis d’économiser 20800 m3 d’eau (plus de 8 piscines olympiques). Des bassins de récupération des eaux de toiture sont enterrés sous les espaces verts, avec un trop plein se déversant dans une autre cuve, réserve d’eau pour l’été, avant de rejoindre le réseau collectif.

Le réemploi évite l’extraction de ressources, la transformation, la production de déchets, l’utilisation d’eau, du transport. Il offre aussi la possibilité de travailler avec des structures locales. Sur le chantier de la caserne, deux acteurs de l’ESS de Grand Poitiers ont été associés : Vienne Moulière Solidarité (Chauvigny) et le Collectif Mélusine (Lusignan). Le marché public comptait une clause d’insertion sur 3 lots, l’objectif a été atteint à 320%.
Rédaction et photos : Claire Marquis

