Situé à deux pas de la gare d’Angoulême (16), le café associatif La Colombière ouvre ses portes aux plus fragiles. Un lieu refuge indispensable, dans un contexte où les professionnels de la santé alertent de longue date sur les difficultés d’accès aux soins en santé mentale. Reportage.
« Tiens, voilà Bruno ! Peut-être qu’il voudra jouer au tarot avec nous ? » À peine le temps d’arriver pour cet habitué de La Colombière que déjà, le voilà entraîné par un groupe de joyeux lurons pour une partie de cartes. Autour de la table, toutes et tous ont leurs habitudes dans ce café associatif sans alcool qu’ils fréquentent souvent depuis plusieurs années voire plusieurs décennies. « Je me sens presque mieux ici que chez moi« , sourit Céline Muller en attrapant les cartes posées devant elle.
Café associatif, solidarité et convivialité
À tout juste 50 ans, l’Angoumoisine d’adoption, qui a découvert le lieu alors qu’elle était encore étudiante, fait partie de celles et ceux qui y viennent quotidiennement à l’exception du lundi, jour de fermeture hebdomadaire. « À cause de mon invalidité, je ne peux plus travailler, dit-elle sans plus de détail. Ça me laisse du temps pour venir », ajoute-t-elle, bientôt rejointe par Sarah Chartier, 42 ans. « Ce que j’aime ici, c’est l’ambiance conviviale. Tu peux boire un coup pour vraiment pas cher et si tu ne veux pas consommer, tu peux juste te poser et jouer à un jeu. C’est très différent des autres cafés », poursuit celle dont le diagnostic psy reste difficile à établir. « Ce n’est pas faute d’avoir vu des médecins, abonde-t-elle, mais ils ne savent pas dans quelle case me mettre.«

« Quand on aime être au contact des gens, on est plutôt pas mal ici »
Depuis son ouverture en 1992, le café fait figure de lieu singulier à Angoulême. Si certains touristes et artistes s’y aventurent pendant le festival de la BD, heureux de trouver un lieu accueillant aux prix défiant toute concurrence, c’est aussi et surtout un lieu refuge pour les personnes fragiles et isolées qui s’y retrouvent.
Beaucoup ont des troubles psychiques, d’autres sont bénéficiaires de minima sociaux. On accueille aussi des personnes du centre hospitalier psychiatrique Camille Claudel avec qui on a un partenariat. Nous ne sommes pas un établissement médico-social, et nous n’avons pas vocation à l’être. Par contre, si on peut faire du bien, alors tant mieux.
Michel Bonthonneau, président de l’association La Colombière
Entre les personnes qui fréquentent le café, et celles qui participent aux activités proposées par l’association (théâtre, yoga, couture, gym douce, randonnée, arts plastiques…), ce sont environ 130 personnes que les bénévoles de La Colombière, son unique salariée et ses services civiques voient passer chaque année. « Après mon bac, je cherchais un poste et finalement, j’ai atterri ici, s’amuse Antonin Chunleau, en service civique, en attrapant une bouteille de jus de fruit derrière le comptoir. Quand on aime être au contact des gens, on est plutôt pas mal ici « , poursuit le jeune homme de 19 ans, avant de reprendre sa conversation avec Patricia Moreau, 70 ans, ancienne infirmière et bénévole au café.

Des difficultés structurelles d’accès aux soins en santé mentale
Avec une moyenne d’âge entre 30 et 55 ans, nombre de personnes accueillies à la Colombière fréquentent également le Groupe d’entraide mutuelle (GEM) de l’Échappée, un espace de rencontre et d’activités situé à deux pas, qui accueille lui aussi des adultes avec des troubles psychiques ou en situation d’isolement.
Moi, je vais aux deux, au GEM et au café de La Colombière. À cause de mes troubles psy, j’ai du mal à trouver un emploi donc ça m’aide à passer le temps. Il y a deux ans, j’ai perdu ma maman. Sans cet endroit, ça aurait été, très très difficile. Au moins ici, j’ai pu en parler.
Océane Benoît, 24 ans, usagère de la Colombière
Sylvie Raba, 58 ans, fréquente elle aussi les deux espaces depuis près de dix ans. « J’étais très fusionnelle avec une de mes filles. Quand elle est partie en 2017, ça m’a complètement cassée, rembobine-t-elle. Venir ici m’a sortie de l’isolement. » Alors que le gouvernement a décidé de prolonger en 2026 la grande cause nationale dédiée à la santé mentale, les professionnel·les de la santé comme la Fédération hospitalière de France (FHF) alertent de longue date sur les difficultés d’accès aux soins en santé mentale et la saturation des services psychiatriques. Un contexte qui n’a échappé à personne à La Colombière. « On nous dit souvent qu’heureusement que des structures comme ici existent, confesse Michel Bonthonneau. Quel que soit le bord politique, on a de la chance car le Département nous a toujours soutenus.«
Rédaction et photos : Cécile Massin

