Comment faciliter la mise en place de projets environnementaux dans les petites communes, qui manquent parfois de personnel, de temps et d’ingénierie ? Fondée en Charente-Maritime en 2019, l’association Les Maires pour la Planète met en réseau les élu·es et apporte des outils pour accélérer le passage à l’action. Aujourd’hui 110 communes sont adhérentes. L’association compte sur les prochaines élections municipales pour continuer de se déployer. Interview de Paul-Roland Vincent, maire de Bourgneuf et fondateur des Maires pour la Planète, et de Marie Meunier, directrice.

Dans quel contexte et avec quels objectifs avez-vous créé Les Maires pour la Planète ?
Paul-Roland Vincent : J’ai été élu à Bourgneuf (Ndlr, commune de 1375 habitant·es dans la communauté d’agglomération de La Rochelle) pour un premier mandat en 2014. À l’époque je voulais développer toute la branche environnement, mais j’ai très vite été rattrapé par les urgences de tout maire dans une petite commune, le quotidien, avec très peu de personnel, avec beaucoup de retard dans de nombreux domaines. Les années sont passées, on ne peut pas dire que je n’ai rien fait mais je suis loin d’avoir réalisé tout ce que je souhaitais. Je me suis aussi dit qu’à chaque fois que j’essayais de lancer un projet environnemental, j’étais en train de réinventer l’eau tiède, car je ne savais même pas ce que faisaient mes voisins maires !
Par ailleurs, je ressentais l’urgence environnementale à agir, pour mes enfants et les futures générations. L’environnement se dégrade de plus en plus rapidement et ce que je pensais voir arriver dans vingt ou trente ans arrive aujourd’hui, avec les canicules et les inondations que l’on subit.
Ce sont ces deux facteurs cumulés qui m’ont donné envie de lancer Les Maires pour la Planète, un réseau pour s’inspirer les uns les autres en Charente-Maritime, pour voir ce qui réussit chez les voisins et ne pas se lancer dans des projets qui ne mènent nulle part.
À l’échelle de la commune, quelles sont les compétences et leviers pour mettre en place des actions en faveur de l’environnement ?
Paul-Roland Vincent : Pour tout ce qui est de la gestion des déchets, les transports, les pistes cyclables, cela se joue avant tout à l’échelle des EPCI, les établissements publics de coopération intercommunale. En revanche on a une série de dossiers sur lesquels on peut vraiment agir, et directement, que ce soit la restauration scolaire, l’éclairage public, les énergies propres, la biodiversité.
Marie Meunier : De façon transversale, la commune peut aussi agir sur la sensibilisation des citoyens, qui là peut toucher tous les sujets, et l’intégration des habitants dans des démarches participatives.
Paul-Roland Vincent : Oui, il faut que le conseil municipal soit suivi par les citoyens sinon ça ne sert à rien. A contrario, on a aussi des citoyens qui nous secouent un peu et qui peuvent nous dire : “Monsieur le maire qu’est-ce que vous faites ?” C’est le cas sur la problématique des pesticides. On n’a pas vraiment de levier, mais par exemple dans ma commune j’ai été interpellé assez vivement sur la qualité de l’eau. Alors dans notre nouvelle école, les fontaines à eau sont équipées de filtres spéciaux pour essayer d’améliorer la qualité de l’eau du robinet… qui est consommable mais non conforme. Ça interroge ! Les normes ont été modifiées pour correspondre à la qualité de l’eau qui est distribuée.
Quels types d’actions propose l’association ?
Marie Meunier : D’une part nous proposons des actions terrain, des rencontres, des visites qui permettent de voir de ses propres yeux un projet mis en place dans une commune, de poser des questions et d’échanger entre élus. Nous programmons des cafés adhérents pour se retrouver autour des problématiques du quotidien concernant des sujets de transition. Nous organisons aussi une journée annuelle avec prises de parole, tables rondes, temps d’échange et visite.
Parallèlement nous avons toute une offre de ressources, cela va être des fiches projets qui vont expliquer comment une commune a mis en place une action à la fois innovante, duplicable et durable. Les autres vont pouvoir s’en inspirer en découvrant les modalités de montage de projet, les subventions qu’il est possible d’aller chercher, les partenaires potentiels, toutes les informations clés pour passer à l’action facilement. Nous publions aussi des guides pratiques chaque année. Prochainement nous allons en sortir un sur la participation citoyenne et un autre sur la gestion de l’eau dans la commune. L’an dernier le sujet était le photovoltaïque. L’idée est toujours de se baser sur des retours d’expériences de communes qui ont mis en place différentes solutions, et de les comparer, pour que chacun puisse s’y retrouver et choisir la solution qui lui corresponde.
Nous organisons par ailleurs des webinaires et des ateliers avec des partenaires. Cela peut être le Département, les agences de l’eau, l’Office Français de la Biodiversité, l’Ademe etc., qui vont pouvoir apporter de nouvelles compétences et connaissances aux élus, soit sur le plan technique, soit sur le plan financier.
Quels sont les sujets environnementaux dont s’emparent les maires, principalement ?
Marie Meunier : La question des cours d’écoles et de leur désimperméabilisation a été un gros sujet pendant un moment. On a fait des visites dans des communes qui étaient déjà passées à l’action pour que des élus viennent s’inspirer et orienter leur projet de la meilleure des manières. Nous voyons aussi passer d’une commune à l’autre des idées sur le thème de la mutualisation de bâtiments. Par exemple, dans un bâtiment comme une école, comment est-ce qu’on peut intégrer le centre de loisirs, un accès pour les assos, ce genre de choses auxquelles des communes n’avaient pas forcément pensé et qui, en voyant que d’autres l’ont fait, se disent que c’est possible.
Paul-Roland Vincent : Ce qui a le mieux marché, c’est ce qui est favorable à l’environnement, à la planète, mais aussi au budget de la commune. Je pense par exemple à la question de l’éclairage public : au début de l’association, assez peu de communes avaient entrepris des choses ; des maires étaient très réticents, ils avaient des inquiétudes au niveau de la sécurité, du risque de cambriolages. Aujourd’hui c’est l’inverse, elles sont très peu à ne pas couper l’éclairage, car c’est bon pour la biodiversité, et les finances ! Même chose pour les panneaux photovoltaïques. On a vu dernièrement pas mal de communes se lancer, car avec la guerre en Ukraine les factures d’énergie ont complètement explosé.
Aujourd’hui Les Maires pour la Planète c’est un réseau de 110 élu·es, essentiellement en Charente-Maritime mais aussi en Charente, dans les Deux-Sèvres et en Corrèze. Est-ce que vous observez une surreprésentation de certaines tendances politiques ou est-ce que les questions environnementales tendent à faire consensus ?
Marie Meunier : Au sein de l’association, l’étiquette politique n’est vraiment pas mise en avant et lors des rencontres cette question ne revient pas du tout. Au contraire, l’idée c’est de se dire qu’on mélange tout le monde, et que chacun puisse apporter ses propres connaissances et motivations autour des enjeux de transition. Et il faut préciser que les communes que l’on vise ce sont avant tout celles de moins de 3500 habitants, pour combler le manque de moyens à la fois humains, financiers, et parfois le manque d’expertise ; un petit conseil municipal n’a pas forcément des experts de chaque sujet autour de la table.
Paul-Roland Vincent : Au niveau local, ça bouge parce que c’est une volonté des citoyens. Ils attendent de leurs équipes municipales un certain nombre de réponses en matière environnementale. Au niveau des partis politiques c’est plus tranché, mais dans les petites communes, même si chacun a ses opinions, on ne fait pas de la politique politicienne, on essaie de faire le meilleur pour les habitants.
Les élections municipales sont imminentes. Qu’observez-vous ? Les questions environnementales prennent-elles de plus en plus de place dans les programmes ?
Marie Meunier : Oui aujourd’hui dans les programmes on voit plus qu’avant des propositions d’actions liées à l’environnement.
Paul-Roland Vincent : Personnellement, j’ai l’impression qu’aucune équipe municipale qui se présente ne peut faire l’impasse sur les sujets environnementaux, si ce n’est un certain parti extrême. Il y a quand même une pression citoyenne qui fait que quand on veut diriger une commune, c’est difficile de passer outre ces questions-là. C’est justement là le rôle de l’association, venir en aide aux élus pour peut-être les aiguiller, leur montrer que ce n’est pas forcément si difficile et si coûteux, et leur dire : “Regardez, votre voisine l’a fait et elle n’est pas ruinée, c’est possible !”
Qu’attendez-vous de cette élection et quel impact peut-elle avoir sur l’association ?
Paul-Roland Vincent : On a un réel rôle à jouer après les élections. Beaucoup d’équipes municipales vont changer, et nous irons leur présenter ce qu’on peut leur apporter : un réseau, des idées, un accompagnement.
Marie Meunier : Oui, et commencer un mandat en faisant partie d’un réseau, c’est une vraie opportunité pour une nouvelle équipe. Pour l’association, l’objectif est de se développer petit à petit dans d’autres départements de la région mais toujours en favorisant la dimension locale, pour maintenir le lien avec les communes et les moments de rencontres.
Existe-t-il des associations similaires ailleurs en France ?
Marie Meunier : Il y a Bruded en Bretagne, créée dès 2005, Expérience Commune en Normandie et Synergie en Mayenne. Nous échangeons régulièrement entre nous pour se donner des infos… et s’inspirer, là aussi, les uns des autres.
Propos recueillis par : Hélène Bannier
Photos : DR

