À la ludothèque de Bressuire, on joue pour mieux vivre ensemble

par | 17 mars 2026


La ludothèque de la ville de Bressuire (79), gérée par l’association Dé en Bulles, ne désemplit pas. Depuis deux ans, un public multiculturel s’y retrouve, papote et joue. Chacun y apprend, en s’amusant, la tolérance et le vivre ensemble.


En ce mercredi après-midi dans le centre de Bressuire, dans les Deux-Sèvres, les rues de la ville sont calmes. Du salon du barber s’échappe des airs de musiques actuelles aux consonances orientales. En face, une grande baie vitrée donne sur les locaux flambant neuf de la ludothèque qui, elle, fourmille d’activité. Des petits groupes sont formés autour de jeux de société. Ludivine et Vanessa sont deux copines. L’une voilée, l’autre pas. Attablées autour du goûter des enfants, ce n’est pas la première fois qu’elles poussent les portes de la ludothèque. « On est au chaud ici l’hiver, sourit Ludivine. C’est le seul endroit gratuit avec beaucoup de jeux pour tous les âges, notamment un grand espace de motricité pour les plus petits. Et pour les grands, les animateurs expliquent les jeux que l’on ne connaît pas et ça c’est bien. » Les cinq salariées de l’association Dé en bulles ne chôment pas. Depuis l’ouverture de ce local de 300m² rénové par la mairie en 2023, les Bressuirais sont au rendez-vous avec 17000 passages comptabilisés par an.

Espace propice au mélange des cultures

Au départ en 2015, Dé en bulles était une ludothèque uniquement itinérante sur le bocage bressuirais. Elle touchait surtout des familles sensibilisées aux jeux. Si le public se diversifiait peu à peu, l’ouverture de ce local a été vécue comme un changement de cap. « Depuis que nous avons répondu à l’appel d’offres de la mairie de Bressuire et été choisi pour gérer la ludothèque fixe, ce n’est plus le même travail, plus le même public non plus » explique Vanessa Le Gourierec, directrice de l’association. La ludothèque est située à 15 ou 20 minutes à pied de tous les quartiers de la ville :

Nous avons découvert une nouvelle population pas du tout sensibilisée aux jeux, avec beaucoup de familles originaires d’Afrique du nord, des Afghans, des Soudanais et des Comoriens qui arrivent sur l’agglo pour travailler dans l’industrie agroalimentaire, aux abattoirs notamment.
Vanessa Le Gourierec, directrice de l’association Dé en bulles

La ludothèque compte 2500 jeux et 250 adhérent·es. Il n’est pas nécessaire d’avoir adhéré pour y venir. L’adhésion, c’est pour soutenir l’association ou emprunter des jeux.

La gratuité leur permet de pousser la porte. Et le concept a été vite adopté. « Avant on s’ennuyait beaucoup » explique Aouati, attablée autour de mini puzzles avec l’un de ses jumeaux de quatre ans pendant que ses deux grands de 10 et 13 ans profitent de la demi-heure réglementaire d’accès à la salle dédiée aux jeux vidéo. « Les autres mamans, on les voit quand on emmène les enfants à l’école mais on leur dit juste bonjour, ici on a le temps de discuter, de se connaître. »

Le jeu invite aux rencontres . Dans un jeu, on se tutoie vite, on s’appelle par son prénom. Les barrières se cassent. Des gens qui ne se connaissent pas, de tout âge et de tous horizons peuvent se mettre en jeu.
Vanessa Le Gourierec, directrice de l’association

Pour que ce brassage de population se passe au mieux, les salariées de la structure se sont formées aux enjeux interculturels. « Par exemple, dans la culture africaine en général, tous les adultes sont référents et peuvent réprimer tous les enfants. Peu importe si c’est le leur ou pas. Dans notre modèle français, on reçoit mal les réflexions sur ses propres enfants. Ce sont deux façons de voir différentes. Il faut avoir une oreille attentive pour faire de la pédagogie au vivre ensemble. » Ici, on apprend le respect du jeu, mais aussi des gens.

Vanessa Le Gourierec a une licence pro métiers du jeu et du jouet. Fondatrice de l’association Dé en bulles en 2015, elle en devient salariée en 2019 et dirige désormais une équipe de quatre personnes.

Le jeu comme outil d’intégration

Si les papas sortent plutôt les samedis et les grands-parents en quête d’une activité non consumériste pendant les vacances scolaires, en ce mercredi après-midi, parmi les 170 personnes de passage, on voit principalement des femmes avec enfants. Certaines connaissent la ludothèque grâce aux séances d’apprentissage au français organisées par le Centre Socioculturel. « On ne parle pas de jeu pédagogique, précise Vanessa Le Gourierec. Tous les jeux ont des effets induits. En jouant, on peut apprendre à parler français, à faire des calculs… » Si les mamans reviennent, c’est aussi pour prendre un temps de répit, sortir d’un chez soi pas toujours assez grand pour tous les enfants. Elles échangent puis, encouragées par les animatrices, elles jouent.

Cela prend du temps, on y va doucement. Dans certaines cultures, les femmes n’ont pas accès aux jeux, ou alors à des jeux spécifiques. Quand les mamans jouent entre elles c’est déjà une victoire. Il faut qu’elles prennent plaisir à jouer pour vouloir le transmettre à leurs enfants.
Vanessa Le Gourierec, directrice de l’association

À partir de dix ans, les enfants peuvent venir seuls à la ludothèque, ce qui leur évite parfois de rester dehors. « Ce lieu devenu une vraie ressource pour certains d’entre eux, » précise Vanessa. Ici, ils peuvent se déguiser, jouer aux jeux d’imitation, raconter des histoires. « On avait l’habitude de réserver ces jeux aux plus petits mais certains jeunes ados n’ont pas eu accès à ce type de jeu qui permet de tester des choses qu’on ne peut tester dans la vraie vie. Cela peut être un espace exutoire important pour eux.« 


Rédaction : Marie Gazeau
Photos : Clément Braud

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